Ilustré en partie avec nos cartes de voeux de 1988 à cette année


[ retour ] [ recettes ]





La fièvre des fèves

Les bouts de plastique censés représenter la reine et le roi dans la galette de l'Epiphanie ne seront-ils bientôt qu'un souvenir? La fève en porcelaine revient en tout cas au galop, en Suisse romande. Une petite entreprise située non loin de la frontière n'est pas pour rien dans ce renouveau de la véritable fève. Reportage.

Dans le petit atelier artisanal de l'entreprise Prime, elles sont une douzaine à s'affairer, le pinceau à la main, sur ces minuscules objets en porcelaine que sont les fèves. Nous sommes à quelques jours de Noël, mais, ici, cela fait déjà six mois qu'on prépare une autre fête: l'Epiphanie. Ces ouvrières aux mains d'orfèvre mettent le dernier coup de couleur à ces symboles de la fête des Rois qui, bientôt, viendront se nicher dans les galettes et autres couronnes dont nous allons nous régaler dès les premiers jours de janvier. A voir travailler ces dames, on a l'impression d'être un peu hors du temps. L'entreprise a sans doute dû être fondée il y a un, voire deux siècles, se dit le visiteur. En fait, elle a été créée en 1989, mais pas 1700 ni 1889, mais bien 1989, il y a donc quatorze ans seulement, par Joseph Perron, représentant de son état. Cette année-là, celui qui dirige désormais l'une des plus importantes entreprises de fabrication de fèves artisanales se retrouve sans travail, licencié par son plus gros employeur. Son job jusque-là: la vente de boîtes à gâteaux et à confiseries. Privé de son gagne-pain, il décide d'écrire, pour son avenir, un autre scénario que Death of a Salesman. Et l'homme a du flair. De son passé "gâteau", il a retenu une chose: la tristesse des fèves que l'on cache dans les galettes des Rois. Pour lui, elles ne sont pas à la hauteur de l'allégresse qui devrait être liée à la fête de l'Epiphanie. A l'heure où les dernières usines de fabrication traditionnelle ferment leurs portes les unes après les autres, Joseph Perron choisit d'aller à contre-courant. Mais pas n'importe comment: aux bébés emmaillotés, aux haricots, aux reines et aux rois couleur crème, il va substituer des figures autrement plus joyeuses, colorées et... vendeuses.

"J'ai misé essentiellement sur deux choses: l'air du temps et les enfants. Car ce sont eux qui créent l'impulsion d'achat", raconte-t-il aujourd'hui. Sa première collection, qu'il dessine lui-même et fait réaliser par un potier de sa région - le jura français, à cinquante kilomètres au nord de Vesoul -, a ainsi pour thème le bicentenaire de la Révolution française. Muni de son carnet d'adresses pâtissières, il parcourt la France et, bingo! ses figurines partent comme des petits pains. Mais c'est trois ans plus tard que sa société va vraiment décoller, grâce à une idée géniale: les tortues Ninja, dont il rachète la licence et dont il vend près de deux millions de pièces. C'est alors qu'il décide de délocaliser sa production en Asie, mais pour mieux s'implanter en France, où il crée son usine de fabrication artisanale.
"Ici, on ne travaille que les fèves personnalisées, les sur mesure, celles que nous commandent les petits boulangers, mais aussi les grandes maisons comme Fauchon. Au total, cette production ne représente que 700'000 pièces, sur les quelque 20 millions que nous vendons chaque année", poursuit Joseph Perron. Cela dit, qu'elles soient fabriquées à des milliers d'exemplaires au Vietnam ou à des centaines d'exemplaires en France, toutes sont dessinées ici au nord de Vesoul par les designers de la maison. Et si le moulage est fait à la machine en Asie, la totalité est peinte à la main, uniquement: "C'est cela qui fait leur valeur: leur production n'est pas mécanisable. Pour les collectionneurs, c'est un facteur essentiel", insiste le PDG. Car, outre les enfants, c'est bien les collectionneurs - on les appelle les fabophiles - que vise joseph Perron. Par conséquent, il ne reproduit jamais la même série. "De cette manière, on fait le bonheur à la fois des pâtissiers, qui vendent davantage de gâteaux, et des collectionneurs", se réjouit-il.

A ce jour, environ mille collections sont sorties de l'usine Prime. Et, en 2003, pas moins de 150 séries seront proposées aux boulangers et pâtissiers de France et d'ailleurs. "On définit nos thèmes en fonction de l'actualité. Par exemple en 2002, c'était l'année Victor Hugo, on a donc créé une série sur ce thème. Mais on est aussi à l'affût de l'actualité cinématographique, surtout celle qui touche les enfants. Et, bien sûr, de la bande dessinée qui cartonne. On a fait Babar et Casimir, et on attend toujours de pouvoir racheter la licence Tintin." En attendant, Joseph Perron a réussi à décrocher la licence Miss France. Dans un an, "Miss France et ses dauphines" seront ainsi cachées dans la galette. Reste à savoir si se casser un plombage sur Miss France, ça fait moins mal...

Annick Jeanmairet, dimanche.ch, 05.01.03

sommaire


voeux 2001De la fève à l'Epiphanie

Au bout d'un long périple, suivant l'étoile, les rois mages se prosternent devant Jésus.

Vive les Rois !
On les fête à l'Epiphanie, le 6 janvier. Mais qui étaient-ils ? Des astrologues peut-être, puisqu'une étoile les guidait. De toute façon, l'astre est un signe divin. Il s'apparente souvent à une comète et c'est ainsi que l'a peint Giotto dans son adoration des Mages. D'où venaient-ils ? D'Orient dit Matthieu l'évangéliste. De loin en tous cas, si l'on en juge par leurs différentes races, blanche, jaune et noire. On a pris l'habitude de les nommer Melchior, Gaspard et Balthazar. Le premier offrit de l'or à l'Enfant (parce qu'il était roi), le deuxième de l'encens (parce qu'il était dieu), et le troisième de la myrrhe (gomme parfumée d'Asie ou d'Afrique, symbole de mortalité, parce qu'il était homme).
Mais comment les Rois nous mènent à la fève de l'Epiphanie ? Le terme veut dire " apparition ", et la fête existait déjà dans l'Antiquité pour marquer le renouveau du Soleil (les jours s'allongent depuis le 21 décembre). C'étaient les Saturnales romaines. L'or et la blancheur éclairent d'ailleurs l'ambiance du début d'année. L'usage d'une fève cachée d'un jour. Les chrétiens ont ensuite donné à cette date le sens qui leur convenait. En Espagne, les Rois jouent le rôle du Père Noël, apportant des cadeaux. On le voit, la couronne (en brioche) ou la galette (fourrée aux amandes) des Rois sont fortement chargées de sens. Et la fève se collectionne. Du haricot sec à la miniature dorée à l'or fin 24 carats, la fève est devenue un objet que l'on garde. Plus de 10'000 pièces ont été rassemblées par le Musée de Blain (Loire-Atlantique) où, lors d'un marché annuel en mars, les fabophiles échangent leurs plus belles trouvailles. Les fabricants s'ingénient à de nouvelles éditions. Les thèmes ne cessent de s'enrichir : Rois de France, signes du zodiaque, équipes de football, personnages de BD…

COOPERATION N° 1 - 3 janvier 2001, mjf
sommaire


La marche des Rois

Les pèlerins du petit matin

Ils sont chaque année plus nombreux à participer à la marche des Rois.
Dans la nuit de samedi à dimanche, le pèlerinage a emmené quelque 150 personnes - chacun à son rythme - de Bulle à la Valsainte. "La Gruyère" a suivi l'équipée.

Le cortège grossit année après année. Depuis sa réapparition il y a vingt-cinq ans - elle avait été créée au sortir de la dernière guerre par les scouts bullois, avant de connaître une éclipse de quelques saisons - la marche des Rois connaît un incroyable succès. Mais quelles terribles fautes faut-il donc avoir à expier pour se lever au milieu de la nuit de janvier et relier, à la seule force des mollets, Bulle au couvent de La Valsainte ? Le rachat ne semble pas être la motivation première des pèlerins, même si le voyage s'achève par une messe.
A 3 h 15, dans le tout petit matin de dimanche, quelque 150 personnes piaffent sur la place de l'abbé Bovet. La plupart sont des habitués qui ne manqueraient ce rendez-vous pour rien au monde. On est venu en famille, en groupe, en solo. En attendant le départ, on discute, on plaisante, on avale un dernier thé fumant. La nuit est clémente, l'air est doux. Si les mages avaient été guidés par l'étoile, les marcheurs, eux, n'ont droit cette année qu'à un ciel encombré de nuages. Le faisceau des torches fera bien l'affaire.

Chacun son rythme
A peine la demie a-t-elle tinté aux clochers de la ville, le convoi s'ébranle. C'est alors une impressionnante colonne qui se forme et prend la direction de Bouleyres. En tête, les "compétiteurs" impriment une cadence infernale. Ce n'est pourtant pas encore la course des Rois ! Assez rapidement, le cortège se disloque en petites grappes, chacune adoptant son propre rythme. "Il faut savoir ménager sa monture", sourit une participante. Après une demi-heure de ténèbres sylvestres - ténèbres propices à agiter les imaginations - les pèlerins émergent à Broc. A 4 h 15, le peloton dévore la montée de Bataille. Les premiers sont passés depuis un moment déjà. A ce stade, le plus dur semble fait : "Une fois qu'on est là, on sait qu'on va aller jusqu'au bout", confie, le souffle encore court, cette habituée. Il reste pourtant bien quelques kilomètres avant le but du voyage. Et pas des plus faciles. Il faut encore se farcir les faux plats, longs comme des jours sans pain, qui mènent au pont du Javroz. Un léger brouillard enveloppe le paysage dans son voile vaporeux. L'esprit pourrait s'égarer à trop observer le jeu des ombres de la nuit.

La vie renaît
A Châtel-sur-Montsalvens, une bonne âme s'est souciée des marcheurs. "Servez-vous. Bon pèlerinage !" Une simple tasse de vin chaud, un immense plaisir. Le long de la route, quelques petits groupes s'arrêtent. On sort les thermos, on casse la graine, on papote. Quelques voitures égarées filent prudemment à travers la nuit. A 5 h 15, le pont est en vue. On bifurque, direction Cerniat. Les chasse-neige préparent la chaussée, les premières fermes s'éclairent. La vie - si discrète jusqu'ici - renaît. Et les pèlerins, les jambes désormais lourdes, approchent toujours davantage de leur but. Ne restent plus que quelques lacets et les seize kilomètres seront bouclés.

Soudain, alors qu'on n'osait presque plus y croire, apparaissent les contours du couvent. Il est un peu moins de 6 h 30. Encore une demi-heure avant la messe. Le temps de reprendre une poignée de chaud, de grignoter un fruit, d'avaler une boisson brûlante… Et de dire combien on aime cette marche et que, c'est sûr, on reviendra l'année prochaine. A 7 h, tandis que commence l'office dans une chapelle bondée, les derniers participants gagnent La Valsainte. Leurs traits trahissent la lassitude et la souffrance. Mais dans leurs yeux se lit l'intense satisfaction de ceux qui ont dépassé leurs limites. Sans doute ceux-là seront-ils aussi au départ de la prochaine édition.

La Gruyère, n° 3, mardi 9 janvier 2001, Patrick Pugin
sommaire


La longue et curieuse histoire de Melchior, Gaspard et Balthasar

Livre : Brièvement évoqués par un Evangile, les Rois mages occupent une place énorme dans l'imaginaire occidental. Un livre raconte la naissance et l'évolution du mythe.

Gâteaux et couronnes dorées brillent à la devanture des boulangeries : le 6 janvier fête les "Rois mages" venus d'Orient pour adorer le petit Jésus. Une tradition encore très vivante, y compris sur le Minitel français, où "3615 Rois Mages" renvoie à un spécialiste en voyance ! Deux mille ans après l'Evangile de Mathieu, le mythe des Rois mages n'a cessé d'évoluer, comme un miroir de la société qui l'accueille et le transforme.
Combinant les recherches des spécialistes et une documentation iconographique exceptionnelle, "Le livre des Rois mages" de Madeleine Félix - genre "beau livre", cher, mais le texte est pour une fois à la hauteur des illustrations - offre une passionnante synthèse de cette évolution dans l'art, la littérature et la tradition religieuse.

Hérode est troublé
Le point de départ est le récit de Mathieu, plutôt succinct : Jésus étant né à Bethléem, en Judée, aux jours du roi Hérode, des Mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem et dirent : "Où est le roi des juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile en Orient et nos sommes venus pour l'adorer." Suit un entretien avec Hérode et sa cour, assez troublés, et les Mages partent pour Bethléem. Ils y trouvent "le petit enfant avec Marie, sa mère. Ils se prosternèrent et l'adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Puis divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin."
On ne connaît ni leurs noms, ni leur nombre, ni leurs motivations. Mais l'imagination des chrétiens, tout au long de l'histoire, comblera ces lacunes de façon souvent merveilleuse.

Une présence nécessaire
Les catacombes de Priscille, à Rome, offrent une des plus anciennes représentation du Christ enfant, sur les genoux de sa mère. L'étoile est là, ainsi que trois adorateurs - certainement les Mages.
Leur présence apparaît donc immédiatement comme nécessaire, parce qu'elle dit quelque chose d'essentiel dans la première Eglise : Jésus de Nazareth ne sauve pas seulement les juifs, puisque des " étrangers " sont les premiers avertis par l'étoile et les premiers à lui rendre hommage.
A l'époque, les Mages sont parfois deux, parfois quatre, ou douze, comme dans une légende arabe. Le nombre actuel - trois - est arrêté par saint Léon au Ve siècle, ce nombre renvoyant à la Trinité et aux trois cadeaux qu'ils apportent.
La signification de ces présents évolue aussi selon les auteurs : pour saint Irénée, au IIe siècle, la myrrhe annonce la Passion du Christ (cet aromate servait pour les sépultures), l'or sa royauté et l'encens sa divinité. C'est l'interprétation classique. Esprit pratique, le moine saint Bernard, au XIIe siècle pensait qu'un peu d'or était bienvenu dans le pauvre foyer de Joseph et Marie. L'encens permettait de désinfecter l'étable et la myrrhe devait être un excellent vermifuge !

L'or de Judas
L'or surtout enflamma les imaginations : le Pseudo-Mathieu, un Evangile apocryphe du VIe siècle, raconte que Marie perd les pièces d'or lors de la fuite en Egypte. Trouvées par un Bédouin, elles passent aux prêtres du Temple qui les utiliseront pour acheter Judas (les trente deniers) avant de payer les soldats qui gardent le tombeau du Christ.
Un autre évangile apocryphe, arménien, révèle les noms des Mages "Melkon, Baltazar et Gaspard". Oubliés puis retrouvés, ces noms s'imposeront à partir du XIIe siècle.

Le noir arrive tard
L'Antiquité chrétienne les habille à la mode orientale, avec bonnets phrygiens et robes perses. Ce sont encore des "mages", des savants, pas des rois, ce qu'ils deviendront plus tard. Le premier a les traits d'un vieillard, le deuxième est un homme d'âge mur, le troisième un jeune homme. Ils symbolisent les trois âges de la vie. Le roi Noir - Gaspard, le plus jeune - ne s'impose que tardivement, le Moyen-Age associant longtemps le noir au diable et au bourreau. Vers 1440 seulement les peintres popularisent l'image du roi Noir. Désormais, les Mages représentent les trois continents connus, l'Europe, l'Asie et l'Afrique.
A cette époque, la légende a pris des proportions gigantesques. En 1158, Frédéric II Barberousse, empereur d'Allemagne, attaque Milan. La ville renforce ses remparts. Sous une ancienne basilique près des murailles, trois corps étonnamment bien conservés sont découverts, attachés ensemble. Probablement trois martyrs des premiers siècles. Les Milanais, eux, pensent aux Rois mages. Rien ne semblait impossible à des hommes qui revenaient des croisades et qui vivaient dans un univers fabuleux de vraies croix du Christ et de robes de la Vierge.

Il confisque les Rois
Frédéric conquiert la ville… et confisque les Rois mages, qui sont transportés à Cologne. C'est un geste politique (Milan étant allié au pape) qui vise à renforcer son trône. Passant par Valence, Besançon, Strasbourg et Mayence, les reliques suscitent une forte émotion (de nombreux pèlerinages subsisteront sur les lieux du passage). A Cologne, des miracles authentifient leur sainteté. L'immense cathédrale gothique, dont la construction commence peu après, leur est consacrée. Mais les Milanais n'oublient pas leurs chers disparus : la basilique Saint-Eustroge montre toujours un sarcophage romain, présenté comme leur tombeau. Et les Rois ont désormais leur place dans toutes les crèches d'Occident.



Et puis apparut le quatrième Roi mage…

A la fin du Moyen-Age, les Rois mages ont acquis leurs traits définitifs. Melchior, le plus âgé, est à genoux. Il porte souvent un habit bleu, couleur de ciel. Balthazar est un homme dans la force de l'âge, vêtu de rouge (symbole de la terre) et il lève un doigt vers l'étoile. Gaspard, le plus jeune, est un roi noir en robe orangée ou blanche, couleur de la pureté.
Les artistes apprécient le sujet pour les costumes somptueux, les chevaux et l'équipage des Mages, ce qui leur permet de laisser libre cours à leur créativité. L'Eglise n'est pas fâchée de montrer des rois pliant le genou dans la crèche, preuve de la supériorité du pouvoir spirituel. Les siècles suivants ajouteront une touche plus exotique, avec l'apparition des chameaux et les turbans à la mode turque (Adoration des Mages de Rubens, en 1624).

Il a raté son rendez-vous
La littérature va être plus créative encore, avec l'invention d'un quatrième Roi mage. Il apparaît dans un récit anglais du XIXe siècle, puis dans un conte russe au début du XXe et dans deux romans récents, "Die Legende vom vierten König" d'Edzard Schaper dans les années 60, et le "Gaspard, Melchior et Balthazar" de Michel Tournier en 1980. Chaque fois, ce roi manque le rendez-vous pour Bethléem parce qu'il a rencontré un pauvre et lui a donné la priorité. Il erre ensuite pendant des années, n'arrivant à Jérusalem qu'au moment où le Christ marche vers sa croix.
C'est donc un roi à la sensibilité humanitaire, typique d'une époque "qui privilégie l'humanité souffrante au détriment des dogmes", comme dit Madeleine Félix. Il évoque aussi une humanité en marge de l'Eglise visible, un peu retardataire, mais qui ne désespère pas d'être sauvée.

La galette et la fève
Les traditions populaires, comme la galette des rois et la fève (le tirage de la fève existait déjà chez les Grecs) forment le dernier chapitre de ce "Livre des Rois mages", suivi d'une excellente postface de F. et G. Lanzi sur "l'exceptionnelle richesse de sens" de ces personnages. Comme l'ont vu les premiers chrétiens, ce sont les étrangers par excellence, et leur présence à la crèche annonce que le message de Noël est destiné au monde entier. Ils disent aussi l'importance du don - les cadeaux - et l'importance des signes.
En effet, si Dieu prend l'initiative en leur envoyant l'étoile (cadeau !) et en se faisant petit enfant, les Mages ont su lire ce signe dans le ciel, comme ils ont su voir la divinité dans une pauvre étable. Ils symbolisent la condition humaine, qui n'est pas une errance dépourvue de sens mais un voyage vers un but, un pèlerinage. Et la rencontre de Bethléem les laisse transformés (c'est pourquoi l'évangéliste insiste sur leur retour par un autre chemin). Pour qui sait voir, "tout moment et tout événement a une racine éternelle dans le dessein divin et providentiel".

Madelaine Felix, Le livre des Rois mages - Desclée de Brouwer et Jaca Book, 240 pages.

Patrice Favre, La Liberté, 06.01.01
sommaire


L'Epiphanie ou la fête des Rois

6 janvier : Fête de la " manifestation de Dieu " au monde entier, l'Epiphanie a vu le jour en Orient, autour du IIIe siècle. Elle a longtemps été associée à la fête de la Nativité, dont la fixation au 25 décembre est plus tardive. Le choix du 6 janvier peut s'expliquer comme la volonté d'une substitution aux fêtes païennes du solstice d'hiver, dédiées au Soleil victorieux, en Egypte et en Arabie.
L'Evangile de Mathieu est le seul texte du Nouveau Testament à mentionner les mages. Venus d'Orient, ils arrivèrent à Bethléem en suivant l'étoile du "roi des Juifs". Ils se prosternèrent devant l'Enfant Jésus et lui offrirent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Il s'agissait pour l'évangéliste, qui s'adressait à des judéo-chrétiens persécutés par les juifs, de montrer que Jésus était bel et bien le Messie, que la Bonne Nouvelle était destinée à tous les hommes, juifs ou non juifs. Commentant les écritures, saint Augustin dira que Jésus s'est manifesté à Noël aux juifs, et à l'Epiphanie aux païens, dans la personne des Mages. Des deux, il en fait son corps : l'Eglise. Cette universalité sera appuyée au XVe par l'attribution de races différentes aux trois Rois, symbolisant l'humanité : Melchior représentera l'Europe, Gaspard l'Afrique et Balthasar l'Asie. Le mot "mage" aurait une origine perse et ferait éventuellement allusion aux savants et prêtres du dieu Mythra, le mithriacisme ayant fait concurrence au christianisme jusqu'à Constantin (IVe siècle).

Vivante tradition
Aujourd'hui, en Orient, l'Epiphanie est restée la grande célébration des "manifestations du Seigneur". Elle est essentiellement centrée sur le baptême du Christ. L'Eglise orthodoxe russe, qui a conservé le calendrier julien, fêtera cette "Théophanie" le 19 janvier, son Noël n'étant agendé que le 7 janvier. En Occident, la célébration de l'Epiphanie est désormais renvoyée au dimanche, le 6 janvier ayant un caractère plus folklorique. Les traditions populaires varient d'une région à l'autre. La plus connue dans nos régions, c'est le partage de la galette, dont la fève dissimulée détermine le roi de l'année. Attestée en France vers le XIIIe siècle, cette tradition existait déjà dans l'Antiquité.

Pascal Fleury, La Liberté, 06.01.01

sommaire


Dictons du jour des Rois

Douze jours séparent Noël de la fête des Rois. Autrefois, les paysans observaient la météo de ces journées afin de prédire le temps des douze mois à venir.

Quelques dictions
concernent exclusivement le jour des Rois, le 6 janvier.

"Pour les Rois, le jour croît. Fou qui ne s'en aperçoit."

"Il faut boire du vin rouge le jour des Rois
pour se faire du bon sang pour toute l'année."

"Un temps clair pour le jour des Rois
nous annonce un regain de froid."

"Les hivers les plus froids
sont ceux qui prennent vers les Rois."

 

ATS, La Liberté, 06.01.01

sommaire


La légende des Rois mages s’est construite au fil des siècles

Histoire de temps
Le 6 janvier, on honore les Mages qui n’étaient ni trois, ni rois, ni de races différentes. Evolution d’un symbole.

Le 6 janvier, l’Occident célèbre l’adoration des trois Rois mages. Par commodité, la fête des Rois a été déplacée récemment au premier dimanche de janvier. La date de la fête et surtout les détails de l’histoire de Gaspard, Balthazar et Melchior sont le fruit d’une lente évolution et d’une fascination pour le récit de Matthieu, le seul évangéliste à évoquer leur existence. Comme l’épisode biblique est très succinct, les chrétiens, surtout en Occident, ont brodé.
Les Mages prirent une telle importance qu’on se mit à ne fêter plus qu’eux le 6 janvier. L’Epiphanie, qui en grec signifie la «manifestation» (de la divinité du Christ) était à l’origine le jour où des hérétiques égyptiens célébraient le baptême du Sauveur. Dès le IVe siècle, les chrétiens d’Orient fêtaient le 8 janvier la Nativité, l’adoration des Mages et des bergers, ainsi que le premier miracle du Christ aux noces de Cana. Quand Rome parvint à imposer à la majeure partie du monde chrétien la date du 25 décembre pour Noël, en Occident, l’Epiphanie devint surtout la fête des Mages.

carte de voeux raa 2000Prédictions anciennes
Au cours des siècles, les Mages devinrent rois, devinrent trois, reçurent des noms, des âges, des origines et des visages. Le passage de l’Evangile inspira en effet rapidement les penseurs chrétiens. Au IIe siècle, Tertullien précise que les Mages étaient rois. Il peut ainsi faire correspondre les prédictions de l’Ancien Testament avec les récits de la vie de Jésus et plus précisément celle du Psaume 72 qui annonce: «Les Rois de Tarsis et des Iles enverront des présents; les rois de Saba et de Séva paieront le tribut. Tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront.»
Peu après, Origène signale que les Mages étaient trois. Il est probable qu’il s’agit d’une déduction tirée du nombre de cadeaux qu’ils ont apportés au Sauveur: l’or, la myrrhe et l’encens. Un texte, peut-être d’origine irlandaise, de la fin du VIIIe siècle attribué à tort à l’historien Bède le Vénérable, vient préciser quelques nouveaux points.
Ce document fournit les noms des trois Rois mages. Ils ont une consonance perse: Gaspard, Melchior et Balthazar. L’auteur inconnu précise l’âge de chacun. Melchior est un vieillard, Gaspard un homme d’âge mûr et Balthazar un adolescent. Ces âges s’inspirent d’une série de sermons du pape saint Léon le Grand. Ce dernier, au Ve siècle, fit des Mages le symbole de l’universalité du christianisme: dès la naissance du Sauveur, ce ne sont pas seulement les juifs qui ont reconnu la divinité du Christ, en la personne des bergers, mais aussi les non-juifs, les Mages venus d’Orient.
En attribuant aux Mages les trois âges de la vie, l’auteur anonyme du VIII e donne plus de poids encore au message universel défendu par Léon le Grand: non seulement les représentants de toutes les nations se sont agenouillés devant le Divin Enfant, mais aussi ceux de tous les âges.

Même les corps !
Au IXe siècle, on voulut développer cette symbolique au risque de contredire les Pères de l’Eglise qui supposaient avec vraisemblance que les Mages venaient de Perse ou de Babylonie. On se mit à estimer qu’ils étaient venus des trois régions du monde connues: l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Ce n’est toutefois qu’au XVe siècle que Melchior fut représenté comme noir. L’imagerie des Rois mages tels qu’on peut les admirer dans les crèches ne devait plus guère évoluer.
Restait toutefois à leur trouver un corps. Ce fut fait dans une vieille chapelle de Milan en 1158. Mais peu de temps après, Frédéric Barberousse s’empara de la ville et fit transporter les trois corps à Cologne. Selon le récit d’un contemporain, les corps étaient fort bien conservés. Et l’on devinait que l’un d’eux était adolescent, le deuxième d’âge mûr et le troisième âgé. Bref, ils étaient dans le même état qu’à l’époque où ils s’étaient prosternés devant le Christ !


carte de voeux raa 1999L’origine de la fève remonte à l’Antiquité

Un fait paraît sûr: désigner un roi par tirage au sort n’a rien à voir avec la visite des mages à Bethléem. Il s’agit très probablement d’une coutume antique, même si nous ignorons comment elle nous est parvenue. Dans l’Antiquité, les Romains fêtaient pendant plusieurs jours la Fête des fous. Ces fameuses Saturnales commençaient le 17 décembre
A l’époque mythique de l’âge d’or, sous le règne du dieu Saturne, il n’existait pas de différences sociales. Pour rappeler cette ère bénie, les esclaves et les maîtres, les riches et les pauvres vivaient à Rome pendant trois jours sur pied d’égalité. Dans les maisons, on tirait alors au sort un roi des Saturnales qui dirigeait les banquets et assurait notamment la distribution équitable du vin. D’après les sources, le tirage au sort se faisait avec des dés. Il n’en reste pas moins que les fèves président au hasard depuis la nuit des temps: à Athènes, certaines magistratures étaient attribuées par le sort. On plaçait des fèves dont l’une était teinte dans un récipient. Celui qui avait la chance de piocher la bonne fève obtenait le poste pour une année. Cette coutume est attestée à Marseille sous l’Ancien Régime.
Entre l’Antiquité et le XIVe siècle, l’usage de désigner un roi du festin n’est plus attesté. A la fin du Moyen Age apparaissent dans plusieurs villes françaises des rois désignés par le sort, d’abord pour le jour du premier janvier, puis à l’Epiphanie. Ils étaient nommés de différentes façons selon les régions: grâce à des fèves, des haricots ou des billets de loterie.

Dans toute la France
Même si aucune source ne permet de démontrer le lien entre la fête romaine et le tirage au sort d’un roi à l’époque moderne, des historiens estiment que cette coutume constitue une survivance de l’Antiquité païenne. Elle serait liée aux coutumes pratiquées à la période du solstice d’hiver, époque où l’on refaisait les comptes avant une nouvelle année et où la hiérarchie traditionnelle était symboliquement remise en cause.
L’origine de la galette des Rois est plus obscure encore. La première attestation remonte à 1311 à Amiens. Il n’est pas assuré que la galette contient déjà une fève. Ce gâteau apparaît ensuite dans diverses régions françaises. A l’époque de la Révolution, les galettes avec des fèves ont gagné toute la France. Les révolutionnaires ne parviennent pas à interdire cette coutume qu’ils croient chrétienne; ils tentent de détourner le rite en appelant les galettes des Rois les gâteaux de la Liberté. Une manière d’éviter également le nom honni de «rois».
Et pourtant, les hommes d’Eglise étaient loin de croire que la galette des rois constituait un rite chrétien. Au XVIIe siècle, un docteur de la Sorbonne et doyen de la cathédrale de Senlis, l’abbé Deslyons, tonnait du haut de sa chaire pour condamner «les abominables restes du paganisme et continuations des Saturnales». En vain. Car les rites ont la vie dure, même quand ceux qui les observent en ont oublié jusqu’à la signification.

Jean-Daniel Morerod et Justin Favrod pour La Liberté, 08.01.2000

sommaire


carte de voeux raa 1998Une coutume appréciée

«La coutume de la galette des rois a pris un essor incroyable en Suisse», écrit Max Währen, dans la revue suisse des boulangers. Depuis 1945, il s’est engagé en véritable père spirituel pour le renouveau de cette ancienne tradition. Ses recherches l’ont amené à découvrir que les rois étaient fêtés depuis 1311 dans les corporations. La fête connut bientôt un tel retentissement que des villages et des petites villes élirent à leur tour leur roi. Jadis, on cachait une fève dans la galette et qui la trouvait devenait, comme aujourd’hui, roi d’un jour. Au fil des siècles, cette tradition tomba pourtant peu à peu dans l’oubli.
Les boulanger suisses renouèrent avec cette ancienne et belle coutume en 1952, confectionnant de nouveau des galettes. Depuis lors, cette douce friandise est devenue une tradition, le 6 janvier, dans la plupart des familles de notre pays.

M. S. pour Construire, 04.01.2000

sommaire


Une étoile pas si mystérieuse que ça

Explication
Un astronome britannique apporte une ébauche de réponse à l’énigme de l’astre qui guida les Rois mages vers Bethléem

Il y a deux mille ans, un corps céleste apparaissait en Orient et guidait les trois Rois mages sur le lieu d’un événement qui allait changer le cours de l’Histoire. Depuis lors, les astronomes et théologiens n’ont pas cessé de s’interroger sur la nature précise de cette étoile. Selon l’Évangile de saint Matthieu, un astre a conduit les Rois mages - des astrologues babyloniens, selon certains chercheurs - vers l’étable de Bethléem où le fondateur de la religion chrétienne naquit. S’agissait-il d’un miracle, d’une intervention divine pour marquer la naissance du Christ ? S’agissait-il simplement d’une étoile, ou bien est-ce que cela a été rajouté dans la Bible pour accomplir une prophétie de l’Ancien Testament ? Ou est-ce qu’effectivement un phénomène astronomique réel a donné naissance au récit de l’étoile de Bethléem ?

Énigme bientôt résolue
La question a intrigué des générations d’écrivains et d’artistes aussi divers que l’astronome Johannes Kepler, le peintre Giotto et l’écrivain de science-fiction Arthur Clarke. Un astronome britannique, installé en Espagne, apporte aujourd’hui sa propre théorie qui n’est encore qu’une ébauche de réponse. Dans son livre «The Star of Bethlehem» (l’étoile de Bethléem), Mark Kidger examine les points mis en évidence par les recherches contemporaines sur la Bible, les récentes découvertes sur l’espace et l’histoire chinoise ancienne. Selon lui, la preuve définitive de l’existence de l’étoile est peut-être proche.

Le Christ né en mars
Kidger commence par remarquer que la Nativité pourrait très bien s’être déroulée en mars ou en avril, plutôt qu’en décembre. Il est en effet dit que la naissance du Christ a eu lieu alors que les bergers surveillaient leurs troupeaux pendant la nuit, ce qui survient à l’époque de la naissance des agneaux, au printemps, plutôt que dans la froidure de l’hiver. En outre, si les auberges affichaient complet, comme le souligne Matthieu, c’est probablement à cause de la pâque juive qui survient également au printemps. Aussi Kidger conclut que le Christ est né au mois de mars, en l’an 5 avant J.-C., pour prendre en compte le fait généralement accepté que l’inventeur du calendrier chrétien, Dionysius Exiguus, s’est trompé de cinq années dans ses calculs.

Croisement de deux planètes ?
Le plus vraisemblable, écrit-il, c’est la croyance populaire selon laquelle les Mages ont observé une rare conjonction qui se produit lorsque deux planètes se croisent à proximité l’une de l’autre dans l’espace. Ce phénomène provoque souvent une configuration exceptionnelle. Une conjonction de ce type s’est produite en l’an 7 avant J.-C. quand Jupiter et Saturne se sont rapprochés l’un de l’autre à trois reprises en sept mois et, ensuite, ont été rejoints par Mars. Cependant, Kidger souligne que l’événement a dû avoir lieu tellement bas dans le ciel du crépuscule qu’il dû être impossible de l’observer directement.

Une nova ?
Pour expliquer l’énigme de l’étoile de Bethléem, Kidger se tourne surtout vers une ancienne chronique chinoise, appelée Ch’ien-han-shu. Ce texte relate qu’un objet, probablement une nova - ou nouvelle étoile -, fut observé pendant le mois de mars, de l’an 5 avant J.-C., et demeura visible pendant septante jours. L’objet serait apparu à l’est et serait demeuré dans le ciel suffisamment longtemps pour avoir guidé les Mages à travers le désert jusqu’à Bethléem. «Il est difficile de croire que l’étoile de Bethléem ait pu être quelque chose d’autre», estime Kidger. Il en veut pour preuve la coïncidence de la date, de la durée de sa visibilité et de sa position dans le ciel.
En 1925, une nova - aujourd’hui connue sous le nom de DO Aquilae - a été observée dans le ciel à une position très proche ce celle mentionnée par Ch’ien-han-shu. «Quelle que soit l’explication, l’identification de l’étoile de Bethléem est probablement proche», selon Kidger.


AFP-ATS Le Matin 21.12.99

sommaire


carte de voeux raa 1997Mais d’où viennent ces galettes que l’on nomme «des Rois»

Mais d’où provient donc cette coutume un peu bizarre voulant que celui qui se casse les molaires sur une fève en porcelaine traîtreusement cachée au coeur d’une frangipane soit sacré roi de la farce? La réponse se trouve dans le «Petit traité d’ethno-pâtisserie» de Nina Barbier et Emmanuel Perret.

La première est journaliste et le second ethnologue. Ils sont partis ensemble, au risque de leurs papilles, explorer une terra incognita: la pâtisserie. Un pays traversé par l’axe Paris-Brest, délimité par Acapulco, Chambord, Harlem et Ipanema pour se perdre dans les confins de la Forêt-Noire sans aucune logique géographique.

Il faut avoir lu le «petit traité d’ethno-pâtisserie» pour comprendre combien il était pertinent de se pencher sur les us et coutumes en matière de bouche sucrée. Se référant aux préceptes du «Cru et le cuit» édictés par Claude Lévi-Strauss, les deux explorateurs de la gourmandise ont payé de leur personne, enquêtant sur les modes de cuisson, les rites locaux, goûtant si et là, afin d’être à même de décrypter le sens caché des gâteaux, leur rôle social et même sacré. (On aura vu des passions plus perverses.) Ils sont remontés aux «oublayeurs», ces ancêtres des pâtissiers, qui fabriquaient des hosties et les pains sacrés pour le clergé et nous rappellent enfin que les devantures de nos pâtisseries sont intimement liées au calendrier rituel et aux commémorations religieuses. Un gâteau, c’est le profane qui se met au service du sacré. Ce qui nous ramène à notre galette des Rois. Cette coutume est censée rappeler l’apparition (en grec: epiphaneia) du Christ aux rois mages Melchior, Gaspard et Balthazar. Mais elle est bien antérieure aux fêtes chrétiennes: pendant les saturnales (les festivités en l’honneur de Saturne), maîtres et esclaves se retrouvaient sur un même pied d’égalité. L’usage d’une fève cachée permettait de renverser l’ordre social et élire le roi des agapes. Celui qui la découvrait devait alors payer la tournée ou offrir un nouveau gâteau à la compagnie. Nombreux étaient ceux qui l’avalaient tout cru pour échapper à cette charge. Pour confondre les tricheurs, le haricot aurait été remplacé par un légume en porcelaine.

Cette anecdote, véridique ou pas, circule dans le milieu des «fabophiles» (les collectionneurs de fèves). Quant à la farce à l’amande dont on fourre la galette, elle a une charge symbolique: «L’amande possède des vertus d’immortalité. Il est presque impossible de trouver des douceurs lors des rituels religieux dont l’amande serait exclue. Ouvrir l’amande, la manger, signifie découvrir et participer à un secret»

Sources:
«Petit traité d’ethno-pâtisserie» de Nina Barbier et Emmanuel Perret.
«Dictionnaire des symboles», Robert Laffont.

Isabelle Cerboneschi pour Le Nouveau Quotidien, 05.01.98

sommaire


carte de voeux raa 1996L’Epiphanie: vive les Rois !

Nous vivons aujourd’hui l’Epiphanie (du grec epiphaneia, apparition), une fête qui existait déjà dans l’Antiquité pour marquer le renouveau du Soleil. On organisait alors de grands banquets durant lesquels maîtres et esclaves, égaux pour l’occasion, se permettaient toutes sortes d’excès.

En l’honneur du roi Saturne, les soldats romains invitaient un condamné à mort aux réjouissances populaires. Mais, une fois les saturnales achevées, ils ne manquaient pas d’exécuter ce «roi» de la fête. Il se pourrait que celui-ci ait été tiré au sort grâce à une fève, d’où l’origine de la fameuse coutume que l’on connaît encore aujourd’hui.

carte de voeux raa 1995De la fève à la figurine
Chez les Grecs, les fèves faisaient office de bulletins de vote. Au Moyen Age, les moines et les curés s’en servaient pour élire le bon paroissien qui jouerait le roi dans un mystère (spectacle donné autour de l’église).
Il y a cent ans à peine, on a remplacé la fève par toutes sortes de petites figurines cachées dans la pâte: bébé emmailloté (pour évoquer l’Enfant nouveau-né), lune, couronne, trèfle à quatre feuilles, petit cochon rose, éléphant et même voiture, lors du développement de l’automobile. Si les pâtissiers d’aujourd’hui s’en tiennent volontiers à un roi et à une reine, les fabophiles (collectionneurs de fèves) se rendent à leur salon annuel, à Paris, pour y acheter des pièces anciennes dont la valeur dépasse parfois 2000 francs suisses !

Une fête récupérée
Les chrétiens ont donné un sens bien différent à cette Epiphanie lorsqu’ils l’ont récupérée en l’honneur des trois «mages» (en fait, probablement des savants sans réel pouvoir politique) venant adorer Jésus. La tradition est restée, au fil des siècles, l’occasion de s’amuser sans songer à la religion, notamment dans certaines corporations (ensemble de personnes du même métier) qui désignent ainsi leur roi de l’année.

carte de voeux raa 1994L’Espagne, le Mexique ou l’Argentine donnent encore un sens magique à la nuit de l’Epiphanie, en faisant jouer aux Rois mages le rôle du Père Noël, distributeur de cadeaux. La forme et la couleur de la galette évoquent le soleil et l’or, symboles du renouveau de la saison et des cadeaux royaux.

Pendant la Révolution, comme les rois n’avaient pas la cote, l’Epiphanie fut rebaptisée Fête du bon voisinage, avec le gâteau de l’Egalité.

Bernard Pichon pour Le Matin, 06.01.99

sommaire


Les Rois Mages des bords du Jourdain aux rives du Rhin, ou le long voyage d'un mystère à travers l'Europe.

photo René Creux, tirée de l'ouvrage &quoS'agissait-il d'astrologues? Nul ne le sait ! D'où venaient-ils? De l'Orient se limite à dire Matthieu l'évangéliste. Combien étaient-ils? Mystère! Le nombre "trois" fut adopté en l'an 450 par des exégètes bibliques. Leurs noms? Mystère! La tradition populaire les nomma Melchior, Gaspard Balthasar, et les consacra rois à l'appui de prophéties. Leurs races? Mystère encore. L'imagerie, au gré d'hypothétiques sens géographiques, leur attribua visages blanc, jaune et noir.
Matthieu est le seul évangéliste qui parle des Mages. "Mages guidés par une étoile, parvenant à la crèche, se prosternant et adorant l'Enfant qu'ils comblèrent de présents: encens, or et myrrhe."
D'où il est aisé de traduire: d'encens parce qu'il était Dieu, d'or parce qu'il était roi, de myrrhe parce qu'il était homme.
Avertis des ruses d'Hérode, l'est écrit que les Mages "s'en retournèrent par un autre chemin".
De fait, regagnèrent-ils leurs lointains pays ou moururent-ils en route? Et si leurs trois corps avaient été dévotement dissimulés en un quelque tombeau? Mystère!
A savoir qu'aux ans 300 déjà, les chrétiens, assaillis par les Barbares, commençaient à sauver des tombeaux et catacombes les dépouilles de leurs martyrs.
photo René Creux, tirée de l'ouvrage &quoCe furent les premières translations de reliques, dans la direction de l'Occident, que continuèrent assidûment les Croisés.
Si bien qu'en 1164, l'archevêque Rainald von Dassel ramenait de Milan à Cologne les reliques des Rois Mages, don précieux que lui confia le Croisé Frédéric Barberousse, empereur germanique et maître alors de la Lombardie. De là à là, cheminement plausible des reliques. Mais comment se trouvèrent-elles toutes trois en Terre Sainte? Et comment parvinrent-elles en main de Barberousse? Mystère!
De fait, Cologne fut digne d'un tel présent, ajoutant tout aussitôt à ses armoiries, marquées des onze flammes des vierges martyrisées par les Huns sous sainte Ursule - patronne de la cité - les trois couronnes royales des mages.
Plus encore, en 1182 ses orfèvres exécutaient la châsse en or, la plus somptueuse qui soit au monde (300 kg) pour recevoir les saintes reliques et, en leur honneur, Cologne allait édifier sa prestigieuse cathédrale. La première pierre en fut posée le 15 août 1248. Aussitôt lieu de pèlerinage le plus fréquenté après Rome.
Mais, pour achever un tel édifice jusqu'au faîte de ses arrogantes flèches, il fallut bien quelques siècles. Au fond de la majestueuse nef, en le déambulatoire, se dresse l'imposant sarcophage des Mages qu'il fallut mettre sous boisseau en 39 et qui réintégra "sa" cathédrale en 1947, dans la liesse générale.
Vraies ou fausses les reliques? Mystère! Des maillons manquent encore à la chaîne que les Mages, en tant que mages, nous fourniront sans doute un jour. Mais qu'importe l'authenticité quand l'essentiel est dans la représentation de la plus royale adoration à la plus humble Divinité ?

Edy Aubry pour Construire, 1 janvier 1992

sommaire



Le mystère de la fève de l'Epiphanie

Reine d'un jour
Les fêtes de fin d'année à peine achevées, la galette des Rois apparaît déjà à la devanture des boulangers. Chaque famille se doit de "tirer les Rois" et l'heureux élu aura l'obligation d'offrir un doux présent à la Reine... pour autant que la fève ne passe pas directement dans l'estomac, privant ainsi les privilégiés d'une légitime investiture.
Ces fèves, devenues poupées avec le temps, ne sont pas toujours éphémères. Les collectionneurs recherchent les pièces les plus rares ou les plus originales. Les "fabophiles" sont cependant presque aussi rares que les objets de leur passion. Mme Studer, dans la banlieue genevoise, nous fait admirer sa collection, plus d'un millier de pièces, dont quelques exemplaires fort recherchés. - C'est une passion, nous dit-elle. Je crois être la seule à les collectionner en Suisse.


Fèves d'avant 1914. Mais la galette des Rois est une tradition déjà citée au XIVe sièvle. Même la Révolution n'a pu l'abolir!
Souvenir des Saturnales
L'histoire de la fève de l'Epiphanie n'est pas un mystère pour Mme Studer, intarissable sur ce chapitre insolite de nos traditions populaires.
- Les Romains célébraient aux calendes de janvier la fête des Saturnales, qui durait plusieurs jours. On tirait au sort un "Roi" parmi les esclaves ou les condamnés à mort. Ce "Roi" était sensé faire revivre l'âge d'or instauré par Saturne, durant lequel les maîtres obéissaient aux esclaves. Mais après la fête, le pseudo-roi était exécuté. Au début de l'ère chrétienne, la Nativité était fêtée le 6 janvier. C'est au IVe siècle que le pape Jules 1er instaura la fête de Noël le 25 décembre et conserva le 6 janvier pour célébrer la visite des Mages (qualifiés à tort de "rois"). La date du 6 janvier a donc été choisie pour remplacer les Saturnales et habiller une fête païenne de couleurs chrétiennes.
La fève est l'un des plus vieux légumes cultivés en Europe. La forme de ses fleurs est curieuse: une sorte de papillon blanc portant deux tâches noires sur les ailes. La graine de fève évoque quant à elle une forme fœtale, le germe figurant la tête d'un bébé.
- La plus ancienne trace connue de l'existence d'une galette enfermant une fève et servie le jour de l'Epiphanie remonte à 1311: une charte de Robert, évêque d'Amiens, mentionne la coutume annuelle de "tirer les Rois" au moyen d'une "galette feuillée" à base de farine, de beurre et d'oeufs.

Malgré la Révolution
A la Révolution française, la fête des Rois fut naturellement abolie et, pour ne pas déplaire au peuple, remplacée par la Fête du Bon Voisinage. La galette prit le nom - un peu stupide ! - de Gâteau de l'Egalité ! Celui qui tirait la fève ne recevait pas de couronne mais, paraît-il, un bonnet phrygien. Mme Studer poursuit:
- En 1874, date admise après recherche d'archives, un boulanger remplaça la fève-légume par un petit sujet de porcelaine imitant la fève, toujours symbole du bébé nouveau-né, en somme l'Enfant Jésus recevant l'hommage des mages. Les premières fèves en porcelaine vinrent d'Allemagne. Elles sont extrêmement rares. On les fabriqua ensuite à Limoges et en d'autres régions de France. Elles sont aujourd'hui produites en céramique, c'est-à-dire en différents mélanges sans kaolin. En Provence, les galettes sont de grosses brioches aux fruits confits, ce qui permet d'employer des fèves assez grosses, en céramique coloré puis cuite afin de pouvoir supporter la cuisson dans le gâteau.



Certains collactionnent les papillons, d'autres les timbres, et quelques "phénomènes" s'attachent aux "fèves" des galettes des rois. On a donné à ces passionnés le joli nom de "fabophiles"
Un petit chef-d'oeuvre: ces "cartes" à jouer sont en réalité des fèves d'Epiphanie. Le "jeu" peut s'ouvrir, la charnière étant montée sur ivoire.

Depuis peu de temps, les collectionneurs ont mis de l'ordre dans leurs classifications. Les fèves de collection sont groupées en trois périodes:
1) 1874 - 1920: en porcelaine (céramique en Provence) ;
2) 1920 - 1950: idem
3) Depuis 1950: en n'importe quoi, en porcelaine fine ou en céramique, en grès, métal, verre, sans oublier l'inévitable plastique !
Les sujets se classent, pour chaque période, en 6 ou 7 groupes: Symboles de la royauté, Personnages, Objets de la vie quotidienne, Animaux, fèves du Midi, Curiosités, dont… un jeu de cartes!
Le premier collectionneur dont on ait gardé trace vivait vers 1913. Un article paru dans le journal "Le Monde Illustré" présente sa collection avec des photos de fèves aujourd'hui introuvables. Cet ancêtre fut en quelque sorte Fabophile 1er, fondateur d'une honorable dynastie. Honneur à lui, vive le Roi et bon appétit!

Texte et photos:Georges Barnerat et Claire-Lise Malagoli pour L'Echo Illustré
Fèves de la collection de Mme Studer de Genève

sommaire


carte de voeux raa 1993Etait-ce une comète, une nova ou un symbole ? L'enquête astronomique s'impose.

L'étoile des Mages brille toujours

Les rois et leur célèbre gâteau sont de retour dans les boulangeries de Suisse romande. Certains cantons leur font même l'honneur d'un jour férié. Mais qui sont ces personnages venus d'Orient, et d'où vient la célèbre étoile qui les a guidés jusqu'à Béthléem ? L'enquête astronomique s'impose.

Transportons-nous un instant en Orient, à l'époque bénie où un ciel moins pollué brillait encore de tous ses feux. Peut-on y trouver la trace des événements astronomiques qui auraient accompagné le premier Noël de l'histoire humaine ? A quatre reprises en effet, l'évangéliste Matthieu - et lui seul - parle d'une étoile qui aurait guidé "des mages venus d'Orient" jusqu'à Béthléem.

carte de voeux raa 1992Les calculs de diogène

Mais à quelle date chercher exactement ? Facile, dira-t-on: le 25 décembre de l'an 1 de notre ère. C'était aussi l'idée de Diogène le Petit lorsque, en l'an 525, il s'efforça de calculer le début de l'ère chrétienne. Après de longs calculs, il se décida pour l'an 745 depuis la fondation de Rome, ce qui était faux, mais finalement pas de beaucoup. Et on sait que cette erreur détermine toujours notre calendrier.
La date du 25 décembre est tout aussi artificielle: elle fut choisie par l'Eglise à partir du IVe siècle, parce que le 25 décembre correspondait à la fête du dieu Soleil, et que de nombreux textes bibliques associaient le Christ à la lumière.

carte de voeux raa 1989La piste historique

Peut-on tout de même essayer d'en savoir plus sur la naissance de Jesus, et donc sur la visite des célèbres mages ? La piste suivie habituellement est historique : Hérode est mort en l'an 4 "tout de suite après une éclipse de la lune visible depuis Jericho ",dit l'historien Flsvius Joseph. Or, cette éclipse a eu lieu dans la nuit du 12 au 13 mars de l'an 4 avant J.C. Ce qui veut dire que Jesus est né entre l'an 4 et l'an 8 avant J.C., l'an 8 étant celui où Auguste donna l'ordre de faire le recencement mentionné par saint Luc.
L'astronomie, en particulier l'étoile déjà mentionnée, fournit d'autres indications. De fait, l'activité stellaire n'est pas négligeable à cette époque.
Malheureusement, Matthieu n'est pas très précis dans sa description. A la différence des Chinois et des Babyloniens, les juifs n'avaient que des connaissances astronomiques très limitées. Le terme utilisé par Matthieu pourrait donc se référer à l'explosion d'une nova, au passage d'une comète, ou à une conjonction planétaire beaucoup plus complexe et comprise seulement par des spécialistes (voir ci-dessous).
Reste enfin l'hypothèse retenue aujourd'hui par la plupart des biblistes - comme la nouvelle édition de la Bible de Jérusalem: l'épisode des mages et de l'étoile n'est qu'un enrichissement dans la culture de l'époque. Dans tout l'Orient ancien, l'étoile est signe d'un dieu. Et, dans ce cas précis, elle accomplit la prophétie d'un des premiers livres de la Bible, celui des Nombres: "Je le vois, oracle de Balaam - mais non de près: un astre issu de Jacob devient chef." (Nb 24, 17).

Des cadeaux symboliques

De même, les Rois mages et leurs cadeaux font écho à la prophétie d'Isaïe, huit siècles plus tôt: "Face contre terre, des rois se prosterneront devant toi, ils lécheront la poussière à tes pieds" (Is. 49,23) ou bien, dans le livre des Psaumes: "Les rois de Saba et de Seba feront offrande ; tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront". (Ps 72, 10-11).
Les cadeaux de Gaspard, Melchior et Balthazar (noms qui ne viennent pas de la Bible mais de la tradition) symbolisent la royauté (l'or), la divinité (l'encens) et la myrrhe (la passion du Christ).

carte de voeux raa 1988Un grand mystère

Si donc la course des étoiles dans le ciel ne permet pas de fixer avec certitude la date de la naissance du Christ (quoique…), la venue des mages n'en prend que plus de profondeur et de richesse: pour Matthieu et pour tous les chrétiens à sa suite, un grand mystère s'est joué cette nuit-là, sur les collines de Bethléem.

L'ombre de la comète

C'est l'interprétation classique des peintres chrétiens. La comète convient d'autant mieux que Matthieu parle d'une étoile en mouvement, ce qui est le cas des comètes. Les novae, elles, sont des étoiles fixes.
Un des peintres les plus célèbres, Giotto (le peintre d'Assise), a vu lui-même la comète de Halley avant de la reproduire dans son adoration des Rois Mages, au début du XIVe siècle. Cette comète passe à proximité de la terre tous les 76 ans, environ, et un de ces passages date de l'an 12 avant J.-C. Un peu tôt pour les mages, toutes les hypothèses autour de la naissance du Christ ne remontant pas avant l'an 8.
Une autre comète est signalée en l'an 5, dans la constellation du Capricorne. Mais on a peu de renseignements sur elle, et un autre argument joue en sa défaveur: en effet, ni Hérode, ni les savants de sa cour n'ont rien remarqué, si on en croit Matthieu. Or, ils n'auraient pas manqué d'observer le passage d'une comète. Ce qui encourage une interprétation plus subtile de l'étoile des mages.

Une étrange conjonction dans la constellation des Poissons

En l'an 7 avant J.-C. eut lieu une conjonction planétaire particulièrement originale, dans la constellation des Poissons: Vu de la Terre, les planètes Jupiter et Saturne se trouvèrent côte à côte, et cela trois fois dans la même année.
Ce phénomène ne se reproduit qu'une fois tous les 900 ans. Exceptionnelle, cette disposition n'est cependant pas spectaculaire, ce qui explique pourquoi Hérode et sa cour n'avaient rien remarqué. Mais les astronomes babyloniens l'avaient prévu, comme le prouve une inscription trouvée sur des tablettes du premier siècle avant J.-C., près de Babylone.

L'astre des Rois

Or, la constellation des Poissons était traditionnellement associée au peuple hébreu. Jupiter est l'astre des rois. Saturne, pour les Babylonniens, indiquait la Syrie. A partir de là, les mages pouvaient conclure que quelque chose de particulier allait se passer prochainement en Palestine.
Cette hypothèse permet aussi une prévision anticipée de l'événement, ce qui correspond mieux aux préparatifs nécessaires pour un voyage de 900 kilomètres entre Babylone et Jérusalem. La première conjonction date du 29 mai, la deuxième du 29 septembre, ce qui peut correspondre à l'arrivée des mages en Palestine, puis à Béthléem, toujours en automne. Cette conjonction planétaire est donc intéressante. Elle a en sa défaveur le fait que Matthieu ne parle que d'une étoile et pas de plusieurs corps célestes.

L'hypothèse de la nova

Très séduisante. La nova est une étoile qui, suite à une violente explosion, devient brusquement plus lumineuse, et cela pendant un temps limité. Les astronomes chinois ont signalé un phénomène de ce type en 1054, et les astrophysiciens ont pu trouver dans l'espace, à l'endroit précisé par les Chinois, des traces de cette gigantesque explosion. Pendant quelques semaines, l'étoile fut aussi brillante que la planète Jupiter et, pendant 33 jours, on put la voir même en plein jour.
L'idée de la nova comme étoile de Béthléem fut défendue par Kepler en 1614 et par l'astronome Foucquet en 1729. Et, de fait, les astronomes chinois mentionnent l'apparition d'une étoile nouvelle dans la constellation de l'Aigle en avril 4 avant J.-C. Elle fut visible pendant 70 jours, du côté de l'Orient, quelques heures avant l'aube. Mais leurs indications sont beaucoup moins précises qu'en 1054, et il est donc difficile de se prononcer sur l'importance de cette nova.

Giovanni Pellegri / PF pour La Liberté, le 6 janvier 1999

sommaire