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2000
Sécurité
alimentaire: L'agriculture bio en plein essor
Cas d'école:
Burlington - la "chaussette style de vie"
Cas d'école:
Le No 3 du café français emprunte la voie gastronomique
Tendance:
Les nouveaux visages de la franchise
Lingerie:
Des dentelles et des hommes
Marketing:
Comment le jean soigne ses bleus
Livraison à
domicile: Domino's Pizza - l'appétit renaît
Sécurité alimentaire - L'agriculture bio en plein essor
Repositionnement progressif
d'une marque présente en Europe depuis 30 ans.
De nouveaux opérateurs
arrivent sur un marché en croissance de 20 % par an.
Profitant de la crise de confiance
du consommateur vis-à-vis de l'alimentation bio se développe
rapidement et donne naissance à une véritable industrie.
Le bio entre dans une phase capitale
de son histoire. Après un demi-siècle de lutte
pour sa reconnaissance, le marché du bio - aujourd'hui
estimé à près de 7 milliards de francs -
est en train de découvrir les logiques économiques.
Sa croissance exponentielle, de l'ordre de 20 % chaque année,
s'explique évidemment par les différentes crises
alimentaires et sanitaires qui ont émaillé le secteur
de l'agro-alimentaire conventionnel. L'actuelle psychose autour
de la viande bovine en est une belle illustration. Insensiblement,
les consommateurs se sont tournés vers des acteurs offrant
de vraies garanties, tant côté sécurité
alimentaire que côté qualité (voir encadré).
Une demande des consommateurs que la grande distribution a largement
encouragée et amplifiée. Celle-ci est même
devenue en quelques années le premier circuit de distribution
devant le commerce de détail spécialisé
avec une part de marché passée de 26 % en 1994
à 50 % cette année. Toutes les enseignes ont désormais
leurs propres marques distributeurs - à l'exception d'Auchan
-, qui ont représenté 19 % des ventes en alimentation
biologique l'an dernier. Monoprix, premier à exploiter
ce créneau en proposant dès 1990 des produits biologiques,
a ainsi lancé sa gamme Monoprix Bio en 1994. Aujourd'hui,
l'enseigne réalise 150 millions de francs de chiffre d'affaires
par an avec le bio et détient 9 % des parts de marché
de la distribution alimentaire biologique. Chaque enseigne possède
son propre réseau de fournisseurs, ce qui a contribué
à la fois à l'expansion et à la professionnalisation
de la production agricole biologique.
Cette explosion de la demande des consommateurs, en regard d'une
production française encore peu développée
à l'époque, a amené les pouvoirs publics,
absents jusque-là, à encourager ce mode de production.
Si l'Union européenne reconnaît dans ses règlements
l'agriculture biologique dès 1991 et accorde des aides
dans le cadre de la réforme de la PAC en 1992, il faut
attendre 1997 en France pour que Louis le Pensec, alors ministre
de l'Agriculture, lance le plan pluriannuel de développement
de l'agriculture biologique (appelé plan Riquois, du nom
du chargé de mission). Les objectifs en sont ambitieux:
atteindre les 25'000 exploitations et un million d'hectares en
2005. L'an dernier, la France comptait 316'000 hectares bio soit
1,1 % de la surface agricole utile (SAU), exploités par
8'140 agriculteurs et 4'700 transformateurs ce qui la plaçait
au cinquième rang européen derrière l'Italie,
l'Allemagne, l'Autriche et l'Espagne. Résultat: le bio
a suscité de nombreuses vocations. Et aujourd'hui, c'est
bien l'apparition de ces nouveaux opérateurs qui suscite
la vigilance parmi les anciens du bio, pour qui l'éthique
et le concept même d'une alimentation biologique s'accommodent
mal de logiques industrielles intensives et de profits.
Un Logo pour certifier l'origine
des produits
Le mode de production biologique
repose sur des principes élémentaires tels que
l'interdiction de l'utilisation de produits chimiques, l'adéquation
des variétés avec la nature des sols ou encore,
pour ce qui est de l'élevage, l'utilisation d'une alimentation
strictement définie et naturelle. Chaque filière
possède ainsi des règles très strictes dont
le logo AB et la mention (agriculture biologique-système
de contrôle CEE) certifient le respect. La marque française
AB, propriété du ministère de l'Agriculture
et de la Pêche, garantit notamment que l'aliment est composé
d'au moins 95 % d'ingrédients issus du mode de production
biologique et que 95 % de ces ingrédients ont été
contrôlés par un organisme certificateur agréé
par les pouvoirs publics français. Il garantit également
le respect d'un cahier des charges français pour les productions
animales et les produits d'origine animale.
Huit organismes certificateurs sont habilités à
délivrer le logo AB, dont le plus important est Ecocert.
Agréés par le ministère de l'Agriculture,
ces organismes effectuent des contrôles très stricts.
Le premier grand procès du faux bio qui s'est ouvert le
16 novembre à Morlaix montre d'ailleurs combien la filière
biologique est vigilante face aux risques de fraudes. C'est la
plainte contre X déposée fin 1999 par la Maison
du Bio orchestrée par la société Eurograins.
Toutes les instances du bio, nationales et régionales,
se sont d'ailleurs portées parties civiles.
Les traditionnels contre les
modernistes
Les pionniers ont donné
naissance dans chaque filière à une ou deux entreprises
performantes, leaders sur leur marché mais commençant
à peine à dégager des bénéfices.
C'est le cas par exemple de Biofournil, numéro un du pain
biologique en France. Créée en 1988 par Louis Rétoré
en association avec la société Grimaud, l'entreprise
a commencé par accumuler les pertes. Jean-Yves Fouché,
ingénieur agronome travaillant pour Grimaud, reprend alors
l'affaire. Aujourd'hui, avec 27 millions de chiffre d'affaires,
la situation financière de Biofournil est tout juste saine.
Autre filière, même schéma avec Pro Natura,
premier importateur, exportateur et grossiste de fruits et légumes
biologiques en France avec Bioprim. A sa création en 1987,
l'entreprise travaille exclusivement avec l'Allemagne où
le marché existe déjà; elle réalise
aujourd'hui 70 % de son chiffre d'affaires en France. Parisien
retourné à la terre, son président Henri
de Pazzis emprunte la première mise de fonds, 50'000 francs,
pour pouvoir monter sa SARL. Plusieurs augmentations de capital
plus tard (Distriborg et Bio Gaïa y ont notamment participé)
et le statut de SA en poche, l'entreprise est peu à peu
devenue rentable. Cette année son capital atteint 400'000
euros, pour un chiffre d'affaires de 70 millions de francs et
une marge nette entre 1,5 et 2 %. Pourtant, Henri de Pazzis est
conscient qu'il devra peut-être prochainement faire un
choix crucial. "L'autonomie financière est importante
pour les précurseurs qui restent attachés à
leurs idéaux", explique-t-il, en ajoutant qu'il ne
peut plus s'endetter personnellement. En cas de besoin de nouveaux
fonds propres, il devra alors faire appel à du capital
risque ou à la prise de participation de personnes déjà
dans le métier et partageant les mêmes objectifs.
Car l'enjeu est bien là. Comme tout marché naissant
en quête de maturité, le bio connaît aujourd'hui
son lot de fusions-acquisitions ou de rachats. Distriborg, marque
emblématique du bio en France avec un chiffre d'affaires
de 1,5 milliards de francs, vient ainsi d'entrer dans le giron
du groupe Wessanen. Le géant alimentaire néerlandais,
à l'occasion de l'OPA ouverte en septembre dernier, a
acquis 88,64 % du capital du leader de la distribution de produits
diététiques et biologiques en France. Régis
Pelen, fondateur de Distriborg en 1970, récupère
quant à lui, pour le franc symbolique, la chaîne
de magasins spécialisés La Vie Claire qui sort
définitivement du groupe.
C'est donc bien ceux qui seront les mieux armés, tant
du côté financier que de la logistique, qui seront
susceptibles de gagner. A cet égard, les nouveaux acteurs
ont bouleversé la donne. Bénéficiant d'importants
soutiens financiers et de réseaux de distribution et d'approvisionnement
bien rodés, ces hommes d'affaires affichent des objectifs
on ne peut plus clairs: l'entrée en Bourse dans deux ou
trois ans.
C'est le cas par exemple de Philippe Bernadi. Cet ancien de l'industrie
pharmaceutique rachète, en juin 1999, la chaîne
de commerce spécialisé Rayons Verts, créée
en 1983 par deux militants du bio. Pour ce rachat, Philippe Bernadi
crée un holding, La Financière du Champ de Mars
qui réunit des investisseurs réputés et
quelques amis, dont l'ancien doyen de l'Insead, Claude Rameau
(voir encadré). Les quatre activités du groupe
sont: franchiseur (Rayons Verts Services), grossiste national
(Central Nat), succursaliste (Bio Développement) et exportateur
(Diet Vert). Environ 5 millions de francs ont été
investis depuis un an. Pour son ambitieux plan de développement
(être propriétaire d'une centaine de magasins d'ici
à deux ans, lancer un site marchand bio avec 250 ou 300
produits en ligne, ouverture d'une dizaine de points de vente
au Benelux en 2001), le capital a été porté
en septembre dernier à 900'000 euros. Avant la fin de
l'année, une nouvelle augmentation du capital de 10 millions
de francs devrait être effectuée, avec un concours
bancaire supplémentaire de 10 millions. Se définissant
avant tout comme un alimentaire de qualité. Et cela demande
d'importants moyens."
Autre acteur de poids: Victor Scherrer. Le vice-président
du Medef (par ailleurs président de l'Ania, Association
nationale des industries alimentaires) a créé Le
Goût de la Vie en juin 1995. Baptisé la "start-up
du bio", le groupe est rapidement devenu le premier fabricant
de produits alimentaires biologiques. Il compte aujourd'hui cinq
marques (Le Goût de la Vie, Pro-Sain, Favrichon, Liora
et Diapason), quatre sites de fabrication et de production ainsi
que deux filiales, en Belgique et en Espagne. Chacune des marques
du groupe a passé des accords avec Monoprix et, tout récemment,
avec Carrefour pour leur fournir leurs produits sous marques
distributeurs. Particularité du dispositif du groupe:
une chaîne logistique comprenant les maillons essentiels
à la traçabilité. Mais le leitmotiv de Victor
Scherrer se résume surtout en trois mots: populariser
le bio. Formé dans de grands groupes anglo-saxons (McKinsey
et surtout l'industriel alimentaire Pillsbury pour lequel il
lance en Europe la marque Häagen-Dazs), le PDG du goût
personnel et parce que c'est un secteur où il peut exercer
ses talents de marketing et qui connaîtra une forte croissance.
Avec un chiffre d'affaires qui devrait avoisiner les 120 millions
de francs en fin d'année, le groupe compte dégager
des bénéfices en 2001. Cette année, d'importants
efforts ont été faits pour développer la
marque sur les créneaux émergents, notamment en
restauration hors foyer (avec Avenance du groupe Elior) et la
vente à distance, en partenariat avec le groupe 3 Suisses
International. Le Goût de la Vie, qui poursuit également
son développement à l'étranger, vise l'entrée
en Bourse d'ici à deux ans. Le groupe possède d'ores
et déjà dans son capital d'importants partenaires
dont Benetton (Groupe 21), qui en détient un peu moins
20 %.
Aujourd'hui, la phase de sélection
du marché est bel et bien entamée.
Claude Rameau, le business
angel du bio
Ancien ingénieur-conseil
en entreprises, puis directeur général de l'Insead,
qu'il quitte en 1993, Claude Rameau est aujourd'hui un investisseur
privé. Et, dans son portefeuille particulièrement
riche (avec plus d'une vingtaine de participations en économie
traditionnelle et en nouvelles technologies), le bio tient depuis
quelques années une place particulière. Cette entrée
dans le bio, il la doit à Victor Scherrer, lui-même
ancien de l'Insead et créateur de la marque Le Goût
de la Vie. "J'étais convaincu que le bio était
un créneau extrêmement porteur, qui ne correspondait
pas uniquement à un phénomène de mode",
affirme-t-il. Séduit par le positionnement du Goût
de la Vie, Claude Rameau apporte à la société
3 millions de francs. "Le tracking est fondamental dans
le bio. Or Le Goût de la Vie est à la fois distributeur
et producteur. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Carrefour
a récemment signé un accord avec nous sous sa marque",
ajoute Claude Rameau. Après avoir investi dans le Goût
de la Vie, c'est au tour de Rayons verts, en 1999, où
Claude Rameau place 300'000 francs. "Je trouvais intéressant
d'investir dans une chaîne de magasins spécialisés.
L'une des difficultés du marché bio est, en effet,
la distribution des produits en grandes surfaces, car cela suppose
une force de frappe considérable", explique-t-il.
Léa-Vital à
la conquête du marché
Etre le numéro deux du
bio en 2002, derrière Distriborg, alors qu'il est aujourd'hui
au quatrième rang en grandes et en moyennes surfaces,
avec 6,6 % du marché: tel est l'objectif ambitieux de
Léa-Vital.
Créée en 1993 par Charles Kloboukoff, alors âgé
de trente ans, la société Institut Vital se place
à l'origine sur le marché de la phytothérapie
et des compléments alimentaires, en lançant sa
marque historique, Floressance. Devenue depuis le groupe Léa-Vital
(regroupant cinq sociétés: Institut Vital, les
Laboratoires Léa, Les Jardins biologiques et naturels,
Biopôle de Fleurance et Léa International), l'entreprise
a connu en sept ans une croissance soutenue. Fruit d'une politique
dynamique de diversification et de développement, son
chiffre d'affaires est ainsi passé de 5,7 millions en
1994 à 133 millions de francs en 1999.
Léa-Vital fait ses premiers pas dans le bio en octobre
1995, en lançant Le Jardin biologique, avec quarante-cinq
références en épices et en infusions biologiques.
Au premier semestre 2000, le rachat de la Maison de Fleurance
lui apporte cent vingt-quatre références en épicerie
biologique, ce qui porte Le Jardin biologique à deux cent
cinquante produits. Léa-Vital a massivement investi (près
de 6 millions de francs cette année) dans les outils de
production. Le groupe a également procédé
au rachat, en février de cette année, de la conserverie
de fruits et légumes biologiques transformés Viver.
Ces dernières semaines, c'est le lancement d'une gamme
pour enfants, baptisée Entouka.
Pour financer ce développement, le groupe a procédé,
à la fin de mai, à l'ouverture de son capital.
La Spef (émanation de la Banque populaire), Ouest Croissance
et l'Irdi (Institut régional pour le développement
industriel) sont alors entrés dans le capital à
hauteur de 8,5 %, correspondant à un apport de fonds de
20 millions de francs. Charles Kloboukoff reste l'actionnaire
majoritaire de son groupe, avec 91 % des parts.
En atteignant, selon ses prévisions, les 52 millions de
francs à la fin de 2000 (contre 18 millions en 1999),
la part du bio dans le chiffre d'affaires total du groupe représentera
26 %.
Le
Figaro, lundi 20 novembre 2000, Catherine Dufrêne
[sommaire]
Cas d'école - Burlington: la "chaussette style de vie"
Repositionnement progressif
d'une marque présente en Europe depuis 30 ans.
Il est de ces imprimés,
à l'instar du quadrillé Burberry, tantôt
malmené, tantôt célébré par
la mode cependant toujours admis au répertoire classique.
Les losanges de Burlington appartiennent à cette mystérieuse
géométrie.
Propriété de la société de textile
américaine Arlington, exploitée sous licence en
Europe par le groupe allemand Kunert, spécialisé
dans les chaussettes, bas et collants, la marque Burlington,
présente en Europe depuis 32 ans, a connu son heure de
gloire dans les années 80.
A cette époque, en France plus qu'ailleurs, le style "college"
est à la mode. Adolescents, étudiants et hommes
d'affaires n'hésitent pas à payer 89 francs (français)
une paire de chaussettes pourvu qu'elle soit assortie à
leur pull-over.
Atout spécifique à la marque, ses tailles uniques,
en 36-41 pour les femmes et 40-46 pour les hommes contribuent
à sa renommée.
Le chiffre d'affaires de Burlington dans l'Hexagone culmine alors
à 80 millions de francs. Au plus fort de la crise, celui-ci
descendra jusqu'à 55 millions au milieu des années
90 pour remonter progressivement, jusqu'à 61 millions
de francs l'année dernière. Une remontée
qui assure actuellement à Burlington la première
place de marque européenne de la chaussette en termes
de notoriété, moyennant un chiffre d'affaires européen
de l'ordre de 335 millions de francs escompté en 2000.
La traversée du désert connue par Burlington s'explique
notamment par sa volonté confuse d'avoir voulu épouser
la tendance de la chaussette fantaisie lancée par la concurrence
ou encore, par l'échec de son entrée sur le marché
du collant.
En outre, tandis que les linéaires des grandes et moyennes
surfaces accueillent une foule de nouvelles marques bon marché,
Burlington perturbe son réseau de distribution habituel,
celui des magasins haut de gamme et des grands magasins, en multipliant
les franchises.
Enfin, paradoxe d'un fabricant "classique" propulsé
soudainement au cur même de la mode, par définition
éphémère: "Trop de losanges tuent le
losange." Les copies bas de gamme et la contrefaçon
(voir encadré) qui inondent le marché finissent
par lasser le consommateur. "Nous nous sommes aperçus
qu'il fallait garder nos racines", explique aujourd'hui
Emile Roméro, directeur commercial France et Europe du
Sud.
C'est en 1995 que le "spécialiste de l'habillement
de la jambe" renoue avec la croissance. En profitant du
courant du sportwear, Burlington tente de faire coup double:
redevenir un acteur intemporel et se diversifier.
Retour aux sources: Burlington s'en remet à la technique
de l'"intertia" (machine à tisser tenue secrète)
empruntée au duc écossais l'Argyle, celui-là
même qui, dans les années 50, avait vendu son motif
tartan multicolore et son procédé de fabrication
à Arlington. A cela s'ajoute une recherche de couleurs
effrénée pour le modèle d'origine authentique
qui en découle, le "42-84". Aujourd'hui, Burlington
va même jusqu'à proposer 150 coloris (hommes et
femmes confondus) à chaque saison.
Parallèlement, les chefs de produits basés au siège
de Schopfheim (sud de la Forêt-Noire), assistés
de bureaux de style indépendants, ont réussi leur
diversification dans les vêtements masculins. Preuve de
ce succès "ciblé" (les hommes constituent
80 % de sa clientèle pour la chaussette): en 1993 la maille
représente 4,6 % de son chiffre d'affaires contre 26 %
en 1999.
Ce mois-ci, Burlington a complété ses gammes coton,
laine et laine/acrylique, vendues entre 49 et 89 francs, par
la ligne intermédiaire "La climat", en fils
de coton et laine mélangés, disponible dans cinq
couleurs unies, dotée d'un système exclusif de
régulation de la température au tarif de 79 francs.
La déclinaison "losanges bariolés" dans
cette matière est à l'étude. Des manchons
(manches de pull amovibles) très "tendance"
ont aussi été commercialisés en Europe à
la rentrée. Mais la véritable nouveauté
annuelle portera sur le lancement, à la fin de l'année
de sous-vêtements masculins. Autant d'innovations qui visent
à se distinguer d'une abondante concurrence: Falke en
Allemagne, DD (Doré Doré) en France et Punto Blanco
en Espagne.
Ainsi, Burlington est-il parvenu à redéfinir clairement
son image. En adoptant pour signature, voilà trois ans,
"The Sign of Style" (Agence Shiller Partner), l'entreprise
essaie d'associer à ses produits haut/moyen de gamme un
"style de vie". "Notre image, semi-classique,
convient parfaitement aux gentlemen bien dans leur peau",
analyse Emile Roméro.
Le mode de distribution et de communication choisis par Burlington
veut être en osmose avec l'esprit véhiculé
par la marque. Qu'il s'agisse du marché allemand (36 %
du chiffre d'affaires), français (18 %), autrichien (16
%), suisse (7 %), espagnol et italien (entre 2 et 3 % chacun),
tous commercialisent les produits Burlington dans leurs grands
magasins ou des boutiques spécialisées haut de
gamme (11'000 détaillants dont 2'000 pour le "menswear").
Cela dit, à l'instar de la marque Bleu Forêt distribuée
par Monoprix en France, Burlington n'est pas contre l'éventualité
de nouer des partenariats avec des magasins populaires. Des magasins
en propre existent également à Vienne et Berlin
et devraient voir le jour à Paris. Points communs entre
toutes ces enseignes, les "murals" de chaussettes ou
les "corners shop", sont agencés en collaboration
avec des architectes et étalagistes de Burlington et doivent
être situés à proximité de marques
relativement haut de gamme.
La communication (budget européen de 13 millions de francs),
plutôt élitiste, intervient majoritairement sur
les lieux de vente. Enfin, des opérations événementielles
peuvent être menées à l'occasion, par exemple,
d'un tournoi de golf.
En dépit d'un marché relativement saisonnier (60
% du chiffre d'affaires est réalisé durant l'hiver),
Burlington qui est déjà présent dans une
trentaine de pays européens, projette de poursuivre son
extension internationale, avec l'aval d'Arlington, dans des pays
chauds tels que le Maroc où la clientèle, contrairement
au Nord, est plutôt adolescente.
Le
Figaro, lundi 30 octobre 2000, Virginie Vétil
[sommaire]
Cas d'école
A bientôt 150 ans, le
numéro trois du café français emprunte la
voie gastronomique
Légal : le choix de
l'or noir raffiné
Bientôt âgé
de 150 ans, Legal fait partie de ces marques inscrites au patrimoine
de notre consommation. Avec ses 19'000 tonnes de café
torréfié l'année dernière, il est
le premier torréfacteur à capitaux français
et le troisième de l'Hexagone (13 % du marché),
derrière deux grandes figures mondiales du secteur agro-alimentaire,
Kraft Jacobs Suchard (KJS) et Sara Lee.
Né de l'association syllabique des patronymes de deux
"visionnaires" du café, Gally et Lemonier, Legal
entre en 1851 dans le giron du groupe familial Frydman, par ailleurs
propriétaire de Singer et Jacadi. Cette PME, qui emploie
230 personnes, a affiché l'an passé un chiffre
d'affaires de 500 millions de francs pour un résultat
net de 5 millions. Ces chiffres, synonymes de stagnation pour
le torréfacteur, s'expliquent par le déclin de
7 % des mélanges robustas.
Mais les prochains résultats annuels s'annoncent plus
encourageants grâce aux arabicas, en hausse de 4 %. La
marque Legal s'attache au renforcement de sa position (2,5 %
de parts de marché) sur ce segment privilégié,
avec ses marques "Café des chefs", "Grand
Arabica" et "Cubana Café". De façon
générale, pour conserver son positionnement dans
le secteur très concurrentiel du café, le Groupe
Legal, qui détient 13 % du marché français
(marques de distribution incluses), a choisi d'épouser
la "tendance". Selon Alain Frydman, directeur général
de Legal, également frère du PDG de Marionnaud,
celle-ci "tire actuellement vers le haut de gamme".
Legal se doit de peaufiner
son image.
L'effort s'avère déterminant
pour le torréfacteur, qui "cohabite" avec pas
moins de 84 références et qui, comme la majorité
d'entre elles, est à 95 % distribué dans les grandes
et moyennes surfaces et à 5 % dans les "collectivités"
(compagnies aériennes, armée, hôpitaux
).
D'autant plus que son budget publicitaire, 20 millions de francs,
représente seulement un septième des sommes engagées
par KJS, le leader du secteur.
Après Johnny Hallyday à la fin des années
80, Legal a choisi le chef Joël Robuchon pour ambassadeur.
Outre son ralliement à la sempiternelle accroche, "Legal,
Le Goût", celui-ci apporte sa "caution gastronomique"
à l'ensemble de la gamme des arabicas et, plus particulièrement,
aux produits "originés" (Inde-Ethiopie, Mexique-Cuba,
Tanzanie et Tanzanie décaféiné) rassemblés
dans la sélection "Café des chefs" qu'il
a élue "Meilleur café".
Cette marque parraine à son tour l'émission "Bon
appétit Bien sûr", présentée
quotidiennement par le même Joël Robuchon, lequel
participe aussi à la promotion du nouveau "Grand
Arabica" au nouveau sachet estampillé d'une toque.
"Nous resterons un challenger en ce qui concerne les cafés
solubles (gamme "Pur filtre"), explique Alain Frydman.
En revanche, notre popularité - 87 % de notoriété
- nous procure un capital sympathie de la part des Français
qui apprécient notre bénéfice gustatif,
d'où la focalisation de notre communication sur toute
notre offre d'arabicas."
Legal ne néglige pas pour autant ses mélanges robustas
qui représentent encore les deux tiers de ses volumes
(7 % du marché des robustas).
Les promotions sur la marque Prestige, la plus vendue par l'enseigne,
sont fréquentes. A commencer par son "quadri-pack",
soit quatre paquets au poids net d'un kilo, commercialisé
à 32 francs.
La politique des prix fait d'ailleurs partie des arguments avancés
par le torréfacteur français. "Notre marque
veut être la plus abordable sur chacun de nos produits,
précise Alain Frydman. Ainsi, le tarif moyen proposé
par nos concurrents, pour un paquet de 250 grammes, est de 15,50
francs quand nous affichons 14 francs."
Des opérations de sponsoring participent également
de ce souci de popularité. Depuis deux ans et jusqu'en
2002, Legal est le partenaire officiel de l'équipe de
France de football. En outre, la marque de café soutient
aussi deux clubs de division 1 : Rennes, où Legal possède
ses bureaux commerciaux et Lille.
Néanmoins, si Legal affirme être la marque bénéficiant
du meilleur impact auprès des jeunes, les actions dédiées
à cette cible, qui préfère de plus en plus
les boissons sucrées, voire le thé, demeurent confidentielles.
En dépit d'un accueil favorable, notamment au Japon, une
gamme d'Ice Coffee (pêche, menthe, citron) développée
en 1999 sous forme tetra-pack est encore au stade test.
Les efforts d'innovation portent
surtout sur le conditionnement des produits.
Depuis sa création, dans les années 50, de la fameuse
boîte métallique limitant le contact préjudiciable
du café avec l'air, le conditionnement des produits constitue
l'un des points forts du torréfacteur français.
Sans vraiment chercher à se diversifier, Legal s'en remet
essentiellement à la découverte de nouvelles origines
et de leurs mélanges. Il a notamment été
le premier - et en conserve depuis l'exclusivité - à
importer et commercialiser du café de Cuba, nommé
"Cubana", dans le réseau GMS.
En vertu de la stratégie maison, le packaging de ce produit
a été récemment revu, avec un décor
plus exotique et un système d'ouverture adhésif.
La gamme "Café des chefs" a fait elle aussi
l'objet d'un "relookage". Depuis un an, elle est proposée
dans un sachet souple, aux reflets moirés.
Mais c'est surtout la boîte arôme rigide et son système
de languette, lancée en 1994, qui fait la fierté
de la marque. Celle-ci est déclinée sur plusieurs
produits Legal et prévoit, pour le moment, de contenir
500g de café.
En dépit d'une équipe d'experts concentrée
dans un laboratoire central, le torréfacteur n'a pas de
budget spécifiquement lié à la recherche.
Celui-ci fait partie intégrante des dépenses industrielles.
Or Legal a investi 47 millions de francs dans des machines très
perfectionnées d'emballage et de torréfaction présentes
dans ses usines du Havre (premier port caféier de France)
et d'Anvers où la matière première est transformée.
Enfin, Alain Frydman estime que la taille moyenne de son entreprise
incite à "conquérir de nouveaux marchés".
Virginie Vétil, pour
Le Figaro, 23.10.00
[sommaire]
Tendance - Les nouveaux visages de la franchise
Le monde de la franchise est
en pleine évolution avec des services, des marques et
des contrats nouveaux
La franchise permet toutes les
audaces. Elle peut donner, en s'aidant d'une marque, la chance
à certains de s'établir, de se lancer dans l'aventure
de la création d'entreprise. En effet, toutes la force
d'une franchise, c'est le réseau et le support d'une marque
connue. Vu du franchiseur, ce contrat est une manière
d'assurer un développement commercial rapide sans immobilisation
importante de capitaux. Le succès de la formule tient
donc dans le dosage savant entre l'investissement personnel et
financier du franchisé et la puissance d'une marque et
la communication du franchiseur.
La franchise ne cesse de se développer sous des formes
les plus variées. Il ne s'agit plus seulement de magasins
de vêtements. Une multitude d'activités sont concernées
: restauration, hôtellerie, commerces les plus divers,
activités tertiaires
Cette extension de la franchise
à de nouveaux concepts de vente et de produits a notamment
pour conséquences d'offrir des opportunités à
de nouveaux profils, cadres ou non cadres, désireux de
se mettre à leur propre compte.
C'est un peu sur cette vague que surfont François de Soins
et le Groupe BFI. Ce franchiseur appartient en effet à
cette nouvelle tendance du marché en proposant un concept
de location de bureaux à la demande. L'idée est
d'offrir un centre d'affaires à dimension humaine doté
d'une surface de 600 à 1'500 mètres carrés,
avec une multitude de services : secrétariat, bureautique,
traduction, informatique
"Nous sommes une jeune enseigne
avec moins d'un an d'existence. Pour l'instant, deux centres
d'affaires sont ouverts à la Défense et à
Strasbourg. Un autre est en travaux au Stade de France. Comme
nous en sommes encore au début, nous sommes extrêmement
sélectifs sur les premiers franchisés. Nous étudions
très profondément les candidatures, car nous n'avons
pas droit à l'erreur dans une phase de lancement. Nous
positionnons comme des centres d'affaires de surfaces moyennes,
car nous voulons garder un esprit club où nos clients
peuvent échanger avec nous des idées, et avoir
le sentiment qu'ils partagent un peu leurs souhaits, leurs envies
et leurs problèmes", explique François de
Soins.
Les centres d'affaires connaissent d'importantes mutations. La
simple location de bureaux n'est plus d'actualité. Les
clients sont constamment à la recherche de nouveaux services.
"Notre slogan veut d'ailleurs répondre à leurs
attentes : Nous facilitons votre réussite", lance
François de Soins.
On peut être sur le segment des boutiques de vêtements
et être innovants et créatifs sur la formule proposée.
C'est ce que propose la marque Roder avec son nouveau concept
de commission affiliation. Roder, qui est une marque du groupe
VEV, est parmi les leaders européens du prêt-à-porter
femme et homme. C'est d'ores et déjà 200 unités
dans le monde, dont la moitié en France. En fait, pour
mieux maîtriser son développement, Roder mise sur
cette nouvelle forme de contrat. "Il est vrai que ce n'est
pas à proprement parlé de la franchise, reconnaît
Thierry Périssent (Roder). Avec ce nouveau type de contrat,
les stocks n'appartiennent plus aux revendeurs. Si ces stocks
n'appartiennent plus aux revendeurs. Si ces stocks ne sont plus
leur propriété, les invendus non plus. Ils deviennent
alors plus des distributeurs avec une commission sur chaque article
vendu. Ils n'ont plus à financer l'achat du stock, mais
investissent dans le fonds de commerce."
Avec cette nouvelle formule, l'objectif de Roder est d'ouvrir
une vingtaine de points de vente sous contrat de commission-affiliation
avec des emplacements en centre-ville ou centre commercial, mais
en emplacement de premier ordre.
La franchise peut toucher aussi des produits particuliers. Il
en va ainsi de Daios, un cabinet de conseil qui essaie sa méthode
auprès de partenaires. "Nous ne sommes pas, présente
Emile Weill (Daios), véritablement de la franchise, au
sens strict du terme. Daios, c'est d'abord une méthode:
le management anticipatif. Nous assurons la transmission de cette
technique aux personnes, généralement des cadres
de bon niveau, voire des consultants indépendants."
Daios, qui signifie "expert" en grec ancien, est une
méthode de conseil destinée aux PME-PMI qui réfléchissent
à une réorientation de leur stratégie. Le
conseil destiné aux petites entreprises est un véritable
marché délaissé par les grands cabinets.
Pour l'instant, Daios est constitué d'une équipe
de 10 partenaires qui travaillent en réseau, présents
un peu partout en France. A terme, l'objectif d'Emile Weill est
de construire une équipe de 30 à 40 consultants.
Pour Thierry Pérusat, le marché de la franchise
est en plein bouleversement. Le commerce de détail est
confronté à de nouveaux problèmes. "Il
faut aujourd'hui bien plus de réactivité. Le marché
bouge très vite, et il faut pouvoir s'adapter, ce qui
demande plus de flexibilité. Les affiliés demandent
bien plus que la seule mise à disposition du stock. Ils
recherchent une communication nationale, une image et une méthode
de vente. Aujourd'hui, il faut être très professionnel.
Pour nous, la commission-affiliation est stratégique car
nous pouvons assurer le renouvellement de l'offre, de façon
cohérente sur l'ensemble du territoire. Un système
informatique en réseau nous permet de gérer au
plus juste les réassortiments. La commission-affiliation
c'est aussi la possibilité de se lancer dans l'aventure
sans avoir de capitaux importants. Il est possible de démarrer
sans avoir 3 millions de francs. La mise de départ tourne
autour de 500 KF, essentiellement pour acheter un fonds de commerce.
C'est un système qui est très intéressant
pour les nouveaux venus comme pour les anciens franchisés,
qui peuvent changer de formule. Du reste, notre démarche
s'apparente plus à celle d'un distributeur dans la mesure
où nous sommes directement concernés par l'écoulement
du stock."
A chaque franchise son propre profil de franchisé. Pour
BFI, la connaissance des entreprises et des modes de travail
est essentielle. "Nous intéressons notamment les
personnes qui sont à la recherche d'une franchise avec
une activité "b to b". En général,
ce sont des cadres qui sont prêts à se remettre
en question. Comme pour les boutiques, les centres d'affaires
dépendent beaucoup de leur emplacement. C'est un point
essentiel. Mais, parce que l'aventure doit être la moins
risquée possible, nous accompagnons le franchisé
jusqu'à l'ouverture. Et, pour renforcer la cohésion
de l'ensemble, nous pratiquons une prise de participation croisée.
Nous prenons 5% du capital de chaque franchise et, en échange,
nous attribuons 2% de la société mère",
affirme François de Sonis.
Pour s'établir comme consultant indépendant, mieux
vaut avoir une réelle assise, aussi bien technique que
commerciale. "C'est pour cette raison, estime Emile Weill,
que nous proposons notre méthodologie du management anticipatif.
Notre but est de stimuler nos clients pour qu'ils répondent
à la question suivante: "Que souhaitons-nous être
dans cinq ans?" Ensuite, on peut réaliser un état
des lieux pour vérifier s'il y a cohérence entre
l'objectif à atteindre et la situation actuelle de l'entreprise.
Pour parvenir à établir le diagnostic et établir
un plan stratégique, nous avons développé
une boîte à outils redoutablement efficace. Les
nouveaux partenaires sont tout d'abord initiés par un
séminaire où nous leur transmettons notre savoir-faire."
Le
Figaro, lundi 16 octobre 2000, Albert Zennou
[sommaire]
Lingerie - Des dentelles et des hommes
D'après un sondage,
elle est toujours le meilleur moyen de séduction des femmes
On pensait avoir tout vu, la
lingerie traitante, sculptante, modelante, trompe-l'il
eh bien non ! Pour celles et ceux qui n'étaient pas au
courant, la lingerie est toujours une arme de séduction
plébiscitée par les Françaises et les Français.
Un sondage réalisé récemment par la Sofrès
sur " la lingerie et la séduction dans le couple
" révèle qu'on n'a encore rien trouvé
de mieux que quelques centimètres carrés de tissu
pour passer à l'attaque. Boléro, la marque de lingerie
sexy et colorée, qui a commandité ce sondage a
demandé à Willi Pasini, fondateur de la Fédération
européenne de sexologie, d'en commenter les résultats.
Concrètement, 66 % des hommes craquent sur la lingerie
sexy, de préférence rouge (17 % d'entre eux) et
en dentelle. La palme revient au porte-jarretelles (61 % des
sondés) et au push-up (le soutien-gorge rembourré,
élu par plus d'un homme sur deux). Mais on peut juste
se demander pourquoi, dans ces conditions, ils sont si nombreux
à adorer cet " artifice " alors que 82 % des
hommes interrogés jugent parfaits les seins de leur compagne
et que 96 % s'en estiment satisfaits ? Peut-être parce
que certains d'entre eux n'ont pas été totalement
francs : 37 % déclarent en effet préférer
les femmes à forte poitrine
Côté femmes, nous serions 47 % à user et
abuser de notre lingerie comme arme (fatale ?) de séduction
dans notre couple, mais nous ne serions que 35 % à soigner
nos dessous lors d'un rendez-vous amoureux. Avouez que l'on pourrait
faire mieux
Selon Willi Pasini l'explication serait la
suivante : " Chez nos ancêtres, la séduction
était liée à des facteurs de survie. On
pensait que les femmes rachitique auraient de grosses difficultés
à accoucher, tandis que celles qui avaient des seins volumineux
pourraient allaiter plusieurs bébés. Aujourd'hui,
la séduction est devenue intraconjugale, en particulier
depuis les ravages causés par le sida. Nous vivons dans
une société narcissique : la séduction a
désormais une valeur d'auto-estime de soi alors qu'avant
les années sida, c'était l'antichambre de la sexualité.
C'est donc certainement pour cela que les push-up marchent aussi
bien auprès des hommes et des femmes, mais gare à
l'escroquerie, une fois que le soutien-gorge à disparu
! "
Une " tromperie sur la marchandise " qui fera dire
aux mauvaises langues que c'est à cause de ce genre d'artifices
que le désir masculin est en chute - presque - libre.
Pourtant, 90 % des hommes pensent que la lingerie stimule l'érotisme
(et 85 % des femmes aussi). " La lingerie est en effet un
bon moyen d'ôter à l'homme les " migraines
" qu'avaient les femmes auparavant. La libido masculine
est plus facile à déclencher que la libido féminine.
Cependant, a contrario, les hommes n'ont pas l'habitude d'avoir
un réseau d'amis pour les soutenir dans les moments difficiles
", reprend Willi Pasini. Certes, sauf pour parler foot ou
BMW
Bref, on en est sûres, les hommes aiment la lingerie. Pourquoi
? Car elle met en valeur nos formes et sculpte le corps et surtout,
surtout, elle permet d'obtenir un sublime décolleté
(82 % des hommes le catapultent atout majeur de séduction,
loin devant les autres vêtements, le parfum ou le maquillage). En tout cas, au moment d'acheter quelques bricoles - en dentelle rouge donc - sachez que 97 % des femmes effectuent elles-mêmes leurs achats lingerie, que 37 % des hommes les accompagnent une fois sur deux et que seulement 18 % d'entre eux leur en offrent régulièrement, tous seuls comme des grands. Il y a donc encore du travail dans le domaine du cadeau lingerie, ce que confirme Willi Pasini : " Un homme est toujours gêné dans un magasin de lingerie, par essence féminin, tenu par des vendeuses, rempli de clientes et de froufrous. Il est donc difficile pour lui d'acheter de la lingerie à sa compagne. Il faudrait aménager des espaces pour les hommes, ainsi que des espaces pour le couple. Si l'achat aide à la séduction dans le couple, il faut simplement que cette démarche devienne un jeu pour les deux personnes. " A bon entendeur...
L'arme fatale
Au vu des résultats du
sondage, la marque Boléro à décidé
de travailler sur un soutien-gorge push-up, plébiscité
à la fois par les hommes et les femmes. Après plusieurs
mois d'études, voici donc l'Air Up, premier-né
d'une nouvelle génération de push-up. Et franchement,
il faut le toucher et le porter pour le croire. Beaucoup plus
léger que ses compères rembourrés de coussinets
de tissu, remplis de poches de gel, d'eau et de silicone, l'Air
Up est constitué de 40 ml d'air enfermé dans un
poche réputée indéchirable. Comme ses camarades,
il resserre et remonte les seins.
Autre marque à jouer la carte du charme, l'allemand Schiesser,
qui lance les " sensual love bra ", une ligne de "
dessous sensuels aux pouvoirs magiques " (sic). Tout un
programme
Au creux d'un soutien-gorge couleur champagne
trône royalement une pierre semi-précieuse, un quartz
rose exactement. Pourquoi entre les seins ? Car c'est en cette
place hautement stratégique, pile sur la latitude du cur,
que se situe le fameux chakra, d'après les théories
new age. Quant au quartz, il a été élu pour
sa réputation de " mobiliser les ressources intérieures,
améliorer la circulation des énergies, induire
des changements positifs, favorables à l'épanouissement
de la personnalité et de la sensualité " et
pour son surnom de " pierre du cur et de l'amour ".
De là à suggérer à ces messieurs
qu'un quartz fera l'affaire à la place d'un diamant
Bref, ainsi porté, ce caillou est censé augmenter
notre faculté d'aimer puisqu'il aura su libérer
nos émotions refoulées, et donc ainsi augmenter
notre pouvoir de séduction. A voir
Mais rendons à César ce qui lui appartient. C'est
tout de même Wonderbra (lancé par Gossard, puis
revendu à Playtex) qui a déboulé au printemps
1993 en lançant en France son célébrissime
soutien-gorge du même nom. Avec une égérie,
la blonde Eva Herzigova, et une accroche qui a - justement -
provoqué plus d'un accrochage de voitures : " Regardez-moi
dans les yeux. " Un million d'exemplaires vendus la première
année, 10 millions depuis, rien qu'en France. Les modèles
se suivent et se ressemblent un peu, mais conservent un succès
jamais démenti. Gossard a ensuite enchaîné
en 1994 avec l'Ultrabra, en rose flashy et bleu électrique. Gros succès également, avec une déclinaison de modèles (modèle Perfection, Light, SuperBoost). Push-up toi de là, que je m'y mette...
Le
Figaro, mercredi 9 août 2000, Claire Mabrut
[sommaire]
Comment le jean soigne ses bleus
Malmenés par les goûts
des ados, les fabricants de jeans doivent trouver un second souffle
pour rester dans la course. Obligés d'innover pour séduire
à chaque saison, il leur faut aussi maîtriser parfaitement
leur réseau de vente.
Non, le jean n'est pas moribond
! Simplement, le banal cinq poches en denim indigo n'a plus la
cote. Même les marques les plus anciennes doivent compter
avec cette désaffection, à commencer par Levi's,
le numéro un mondial du secteur.
Le groupe californien a enregistré une chute de 14% de
ses ventes en 1999 : son chiffre d'affaires, le plus bas depuis
1991, a atteint 5,14 milliards de dollars. Levi's a souffert
en particulier de la montée en puissance de la distribution
dans le bas et milieu de gamme : un créneau qui représente
désormais environ 30% en 1990. Levi's a dû affronter
également la concurrence sévère des jeans
chics et chers, ceux griffés Calvin Klein, Ralph Lauren,
Guess ou encore Tommy Hilfinger. Face à ces offensives,
les " jeanneurs " livrent bataille en peaufinant leur
stratégie marketing. Mais trouver le produit innovant
susceptible de plaire durablement n'est pas chose aisée
tant le marché se révèle imprévisible.
A preuve, le retour annoncé du jean " neige "
( à grosses taches blanches) aux dires de certains spécialistes
du secteur.
En attendant, pour être dans le coup cette saison, les
fabricants devaient s'en remettre à la tendance pseudocontestataire,
autrement dit, loin du vestiaire parental, au type " baggy
" (pantalon ultralarge porté sur les hanches) ou
treillis multipoches adoptés par les skaters. Ou encore
investir certaines niches comme les jeans à taille effrangée,
le corsaire brodé ou perlé dans le bas. Sans oublier
le brut, ou encore les kakis et autres " chinos " (pantalons
en toile) très prisés des adultes.
Pour tenter de revenir sur le devant de la scène, Levi
Strauss affirme avoir " dépoussiéré
sa stratégie ". Il a dû ainsi trancher dans
le vif. Arguant, entre autres, d'un coût de production
trop élevé par rapport à la demande du consommateur,
le mythe fondateur du jean a, depuis trois ans, fermé
29 usines dans le monde et supprimé 18 500 emplois. Coté
à Wall Street depuis 1971, Levi's a également,
en mai dernier averti officiellement ses investisseurs de la
dégradation de ses finances. Dans le même temps,
le groupe, qui assure appliquer scrupuleusement un code de bonne
conduite éthique depuis 1970, a accru le nombre de ses
sites de production délocalisés vers l'Amérique
du Sud, l'Europe de l'Est et l'Asie. Il est aussi de retour en
Chine dont il s'était retiré en 1993, désapprouvant
un régime qui bafouait les droits de l'homme. Ses meilleurs
marchés demeurent les Etats-Unis et l'Allemagne, tandis
que la France (environ 1,3 milliard de francs) tend cependant
à se hisser au niveau de celui de son voisin germanique.
Lucide, le leader mondial admet qu'il pâtit de l'érosion
de son image auprès des jeunes. " Le recul de nos
ventes est principalement dû à un manque d'innovations
produits et marketing de notre part ", souligne Bernard
Didier, le nouveau patron de Levi Strauss France.
Côté produits tout d'abord, la grande reconstruction
du sempiternel 501 passe par le succès de la ligne "
Engineered ". Celle-ci se caractérise par ses grandes
poches en biais, ses coupes en trois dimensions et ses coutures
tournantes " twisted " censées accompagner les
mouvements du corps. Un modèle que l'on s'arrache, paraît-il,
au Japon.
Outre de nouvelles coupes, un important travail de recherche
a également été consenti en matière
de tissus. La ligne " Levi's Red Tab " mise ainsi sur
le denim " CoolMax ", une fibre " confortable
et douce qui thermorégule la température du corps
", née d'un partenariat avec la marque Dupont. Les
délavages font aussi l'objet d'études incessantes.
" Graissés ", ils sont foncés patinés,
usés ou patinés reprisés. L'aspect "
déjà porté ", obtenu grâce à
un traitement à la pierre ponce, est de rigueur.
La ligne LVC (Levi's Vintage Clothing) vient s'ajouter à
la déjà épurée ligne Sta-Prest. Cette
dernière, qui a redoré le blason de la multinationale,
doit son succès à la marionnette minimaliste et
techno Flat Eric, créée par les publicitaires de
l'agence britannique Bartle Bogle Hegarty (BBH).
Diesel : un autre marketing
Dans la famille des " jeanneurs
", le groupe italien Diesel a toujours misé sur la
créativité. " On nous qualifie de " revanche
du jean ", déclare Giovanni Pungetti, directeur général
de Diesel France. Nous sommes difficilement classables, car nous
sommes sur tous les segments. Cela dit, nous nous situons plutôt
sur le haut de gamme. " En effet, les produits de la gamme
Jean and Casual, principalement concurrencés par ceux
de Pépé (Grande-Bretagne), CK Jeans de Calvin Klein,
Polo Jeans Ralph Lauren et Tommy Hilfinger (Etats-Unis), coûtent
entre 500 et 700 francs.
Pour s'imposer, Diesel, dont le chiffre d'affaires atteint 330
millions de francs, dispose d'un atout de taille : son image.
Pour mieux la faire partager, le jeanneur a même ouvert
son propre hôtel à Miami, le " Pelican Hotel
", dont les 20 chambres possèdent chacune un thème
de décoration extravagant. " Nous essayons de communiquer
sur un style de vie, explique Giovanni Pungetti, nous apprécions
l'ironie et l'autodérision. " Certes on connaissait
les campagnes kitsch de Diesel, moyennant un budget publicitaire
de 8 à 10 % du chiffre d'affaires annuel, mais son dernier
" coup " en la matière a fait beaucoup de bruit.
Décidé à pasticher les marques concurrentes
utilisant des vedettes (la chanteuse Britney Spears pour les
jeans Tommy ou Laurin Hill pour Levi's), Diesel a bâti,
en début d'année, un plan de communication sur
le sponsoring d'une jeune rockstar polonaise pleine d'avenir
qui n'existait pas. La maison de disque EMI, prête à
acheter le faux tube de la blonde Joanna (dont la voix avait
été empruntée à une chanteuse anonyme
scandinave), a marché, de même que les médias
encouragés par un faux confrère créé
pour les besoins du canular par Diesel lui-même.
Du lancement de la chanteuse au démenti, l'imposture a
fait un tabac international. Et les ventes de Dirty, jean à
l'aspect sale arboré par Joanna, se sont multipliées.
" Il faut proposer plusieurs nouveautés à
chaque saison. Innover en conservant le denim à la base,
mais ne pas hésiter à le mélanger à
d'autres matières ", avance Giovanni Pungetti pour
expliquer le succès de cette griffe distribuée
via 11 000 magasins multimarques, 50 boutiques en nom propre
et 70 boutiques franchisées.
Dès 1978, le créateur de Diesel, Renzo Rosso, s'entoure
d'une équipe dynamique basée à Molvena (Vénétie)
et recourt à des façonniers de la région.
En 1991, une stratégie marketing internationale est amorcée
et sept ans plus tard, Diesel ouvre un magasin à New York.
Aujourd'hui, Diesel réalise 55% de son chiffre d'affaires
hors d'Italie à travers un réseau de 14 filiales,
pour un effectif global de 1 100 personnes.
Implanté en France depuis huit ans (avec 30 personnes),
Diesel possède deux magasins en propres à Paris
et Monaco et un magasin d'usine à Troyes, pour un chiffre
d'affaires dans l'Hexagone de 40 millions de francs. Actuellement,
c'est en Allemagne que la marque décalée obtient
son plus beau succès.
La création au cur
de la bataille
Les fabricants institutionnels
comme VF et Lee Cooper ou des enseignes plus récentes
comme Gap ont su profiter de l'affaiblissement de l'inventeur
du 501. Cherchant notamment à viser une cible de consommateurs
plus large, ils ont mis l'accent sur des gammes créatives,
indispensables pour conquérir de nouvelles parts de marché.
VF Jeans, filiale du textile américain Vanity Fair Corporation
(VF), qui commercialise également de la lingerie et des
vêtements de travail, entend ainsi tripler ses ventes sur
le Vieux Continent. Ce fabricant, qui gère un large portefeuille
de marques - dont les deuxième (Lee) et troisième
(Wrangler) mondiales - a tiré parti de son positionnement
international cohérent : il couvre tous les segments du
marché via des innovations dans l'air du temps.
Outre ses deux marques sélectives, VF Jeans (qui assure
environ la moitié du chiffre d'affaires de VF, soit près
de 2,7 milliards de dollars) possède trois marques dites
" de masses " : Hero by Wrangler (marque haut de gamme
de l'hypermarché, synonyme d'Amérique contemporaine,
vendu au-dessus de 150 francs) ; Maverick (vendu entre 100 et
150 francs, connu pour son bon rapport qualité/prix) et
Old axe (marque d'entrée de gamme, vendu 100 francs).
L'instigateur de la veste en jean, Lee, apparaît, en dépit
de son siècle d'existence, comme " une marque branchée
mais pas grunge, déclare Bruno de Lalande, directeur général
de VF France, et Wrangler, comme une marque américaine
authentique à connotation masculine ".
Bien placé sur les marchés américain et
européen (Allemagne et Royaume-Uni principalement), VF
Jeans planche aussi sur de nouveaux concepts. Après avoir
pris le virage du jean ample en créant, voilà cinq
ans, la marque Lee Pipes, VF a lancé le Denim 42. Plus
résistante, cette nouvelle matière sera déclinée
en France à compter de septembre sur les modèles
de la marque Lee. " Notre stratégie s'appuie sur
un roulement de nouveaux concepts toujours appliqués à
des ensembles pantalons, tops et vestes ", précise
Bruno de Lalande.
Autre challenger européen de taille, le britannique Lee
Coopers (plus d'un milliard de francs de chiffre d'affaires,
revenus des licences compris est bien souvent confondu, au grand
dam de VF, avec Lee. Voilà dix-huit mois que ce groupe
né en 1908 à Liverpool, au deuxième rang
sur les marchés français (55% de son chiffre d'affaires)
et belge, troisième sur l'échelle européenne,
a opéré son repositionnement.
Première étape : trouver l'agence de communication
capable de redéfinir son image. C'est finalement Jean
& Montmarin (campagnes Nomad, Yop
) qui l'a emporté,
insistant sur l'image de liberté associée à
la marque, en vertu des études réalisées.
Ainsi est né le concept " Think performance ",
c'est-à-dire le jean permettant le dépassement
sportif. Une gamme féminine, baptisée LCO 55, a
été créée, conçue dans le
nouveau Lycra soft de Dupont, également partenaire de
Levi's. " Nous sommes parvenus à installer ce produit
qui totalise aujourd'hui 10% des ventes de jeans féminins
", se réjouit Pascal d'Halluin, directeur général
de Lee Coopers France. A la rentrée, une gamme complète
de pantalons de loisirs, " 3 be 1 ", verra le jour.
Son tissu, le " free care ", nouveau lui aussi, serait
" intachable " et ne nécessiterait pas d'être
repassé.
Au début de l'année prochaine, sorti tout droit
du site de fabrication de la marque basé à quelques
kilomètres de Tunis, l' " Anatomic jean " devrait
quant à lui épouser la " morphologie des consommateurs
européens ".
Jouissant de budgets plus importants, Lee Cooper peut désormais
renouer avec la communication délaissée jusqu'en
1994. Contrairement à Levi's, Lee Cooper n'a jamais cherché
à se positionner plus particulièrement sur le créneau
des jeunes. La marque anglaise veut toucher une cible plus large
et compte sur ses nouveaux matériaux pour répondre
à l'assaut des marques haut de gamme.
Rival plus récent, le groupe Gap, qui pèse actuellement
11,5 milliards de dollars, commercialise des vêtements
" moyen/haut " de gamme sous son propre label depuis
1991. Cette marque, qui talonnerait aujourd'hui Levi's au niveau
des ventes de pantalons, propose une nouvelle collection toutes
les quatre à six semaines. Gap s'est diversifié
en créant des collections pour toute la famille : Gapkids
pour les enfants (1986) ; babyGap pour les enfants de 0 à
3 ans et, il y a deux ans, Gapbody, des tenues détente
et des produits de soin.
Si Gap, qui véhicule une image classique et cosmopolite,
propose les mêmes articles dans le monde entier, la marque
tient néanmoins compte du climat local - tailles et mode
- pour l'approvisionnement de chaque magasin.
Distribution : trouver le
meilleur circuit
Pour continuer à se développer,
les jeanneurs doivent trouver les meilleurs réseaux de
vente : c'est-à-dire ceux le plus en adéquation
avec leurs produits, tout en se laissant tenter par la grande
distribution lorsqu'elle ne rime pas avec confusion. Dans la
même optique, tous les jeanneurs n'accèdent pas
à l'eldorado du commerce électronique avec la même
aisance.
VF, qui distribue ses marques sélectives dans les magasins
de détail des centres-villes, les grands magasins et par
le biais de la vente par correspondance, passe par la grande
distribution pour ses marques de masse. Le groupe ne connaît
guère de problèmes de circuits de vente : Wal-Mart,
numéro un mondial de la distribution, est son premier
client en totalisant 20% de ses ventes.
Lee Cooper, en revanche, a fait le choix d'une distribution plus
ciblée : indépendants, grands magasins, grandes
surfaces spécialisées dans l'habillement et VPC.
Un recadrage strict, puisque Lee Coopers a intenté un
procès à Continent qui vendait ses produits sans
autorisation. " Nous tenons à ce que nos produits
soient distribués dans des circuits qui valorisent notre
marque et qui assurent un service ", explique Pascal d'Halluin.
Le service est l'un des éléments clés de
la distribution de Gap. A chaque entrée de magasin, des
vendeurs accueillent la clientèle avant de passer le relais
à leurs collègues dédiés au service
des acheteurs potentiels. Cette marque qui monte a opté
pour une distribution exclusive via un maillage de 3 018 magasins
en propre dans plusieurs pays (Etats-Unis, Canada, Angleterre,
Japon, France et Allemagne). Ce réseau comprend aussi
les enseignes Banana Republic (haut de gamme) et Old Navy (premier
prix) uniquement présents aux Etats-Unis.
Toutefois, à voir fleurir des enseignes Gap similaires
et peu éloignées géographiquement les unes
des autres, on est en droit de se demander si le chaland ne se
lasse pas un peu. " Cela correspond à des flux de
consommateurs précis, se défend Alain Moreaux PDG
de Gap France, nous n'avons jamais constaté de désintérêt
de la clientèle. Si nous avons opté pour ce mode
de distribution, c'est parce que nous pensons qu'une marque globale
se doit d'être représentée de façon
identique dans le monde entier afin de pouvoir réagir
instantanément de la même manière. "
Toujours dans le but de redresser la barre, Levi's était
dans l'obligation de redéfinir son mode de distribution.
Il est vrai que les discounters qui vendaient ses jeans 501 à
moitié prix ont sérieusement entamé le succès
de ses détaillants agréés ou franchisés.
" Nous n'avons jamais vendu aux hypermarchés, juge
bon de préciser Didier Bernard. Ces derniers s'approvisionnaient
directement aux Etats-Unis. Nous les avons attaqués et
obtenu que nos produits soient retirés de leurs rayons.
" A ces problèmes de marché parallèle
s'ajoutent ceux de la contrefaçon. Après le 501,
maintes fois imité, Levi's prétend que le nouveau
modèle " Engeneered " a déjà été
copié par deux marques.
Le groupe californien a d'abord entrepris de rénover sa
chaîne monomarque " Levi's store ". Une nouvelle
structure testée l'année dernière à
Londres et qui va s'étendre au reste de l'Europe, notamment
en France où 10 magasins sur 35 vont être rénovés.
Les produits seront davantage mis en valeur, un peu comme dans
" une épicerie de luxe ".
Les boutiques " Cinch ! " seront, elles, dédiées
aux lignes les plus créatives. L'ambiance sera avant-gardiste,
on y trouvera aussi toutes sortes de produits très "
tendance " (disques, tableaux et gadgets high-tech). "
Etre présent dans ce type de magasins branchés
est important pour nous car cela signifie que nous sommes reconnus
par les leaders d'opinions ", estime Bernard Didier.
Par ailleurs, les " shop-in-the-Shop " reproduiront
les Levi's store sur un espace de 25 m2 dans les grands magasins.
D'ici à quelques semaines, les points de vente potentiels
recevront une liste de critères, basés sur la présentation
des produits et les services à la clientèle, à
remplir impérativement pour appartenir au réseau
de distribution de l'américain.
Le concept des franchises multimarques n'a pas été
négligé. Levi's souhaite à l'avenir s'associer
à des enseignes " totalement différentes ",
telles que Virgin, Sephora, ou encore des points de vente de
matériel informatique.
Enfin, si le magasin en ligne de Gap, lancé en 1997 et
depuis entièrement développé depuis le siège
de la marque à San Francisco est un succès, l'expérience
de Levi's en matière de commerce électronique n'a
pas été aussi concluante. En raison de ses difficultés,
Levi's a dû fermer sa boutique sur Internet après
les fêtes de fin d'année. Gestion estimée
trop lourde et relative inexpérience, le jeanneur prenait
le risque de cannibaliser sa distribution traditionnelle. Ses
produits sont désormais accessibles sur les sites de ses
loyaux distributeurs, JC Peney et Macy's.
" Il est difficile d'être à la fois un fabricant
et un bon animateur de magasin, estime Joël Palix, fondateur
du site Clust.com, permettant aux particuliers de grouper leurs
achats pour bénéficier de prix achats pour bénéficier
de prix préférentiels. Il vaut mieux s'en remettre
à des sites de commerçants qui bénéficient
déjà d'un trafic certain. "
Joël Palix qui, avant de monter sa start-up, était
responsable du développement Internet des 3 Suisses, assure
que le jean est l'un des produits les plus demandés sur
le web. En France, il ne représente malgré tout
que 1% du chiffre d'affaires de la vente par correspondance,
selon une étude du Benchmark Group. " Notre clientèle
recherche, au meilleur prix, des jeans qui ne sont pas vendus
en France ou dans leur lieu d'habitation. "
Au " Top 20 " du rayon textile de Clust.com, on trouve,
en première position, 1 111 demandes concernant des jeans
Levi's 501 ; 39 (cinquième position) pour des vêtements
de marques diverses dont Levi's ; 35 pantalons Levi's Dockers
(sixième position) et 19 de jeans Levi's " Twisted
".
Contrairement aux vépécistes traditionnels, les
sites d'achat offrent parfois l'avantage de frais de port gratuits
et ils misent sur une clientèle de plus en plus féminine.
Le
Figaro, lundi 10 juillet 2000, Virginie Vétil
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Domino's Pizza : l'appétit renaît
La marque veut devenir leader
de la livraison à domicile
Domino's Pizza revient dans la
course de la livraison à domicile. Après quelques
déboires (lire encadré), la déclinaison
française de l'américain Domino's Pizza International
affiche désormais de solides ambitions : s'appuyer sur
un parc de 200 magasins à horizon de 2005, contre une
trentaine actuellement, et devenir ainsi le leader du marché
de la pizza livrée à domicile.
Pour le moment, les positions sont bien établies, avec
un leader incontestable, Pizza Hut (plus de 120 unités),
et deux dauphins (La boîte à Pizza et Speed Rabit
Pizza, une soixantaine de magasins chacun).
Les professionnels considèrent que le marché est
encore loin d'être saturé, en raison notamment des
nouveaux comportements des consommateurs qui favorisent le succès
de la restauration livrée à domicile. D'ailleurs,
si la pizza a servi de détonateur, quasiment tous les
types de restauration pratiquent aujourd'hui la livraison à
domicile.
En matière d'implantation, Domino's Pizza dispose surtout
d'une assise en régions, avec seulement neuf magasins
dans Paris et la région parisienne. " Un choix dicté
par les circonstances, dans la mesure où les espaces commerciaux
disponibles en Ile-de-France sont relativement rares, souligne
Mélanie Gigon, responsable marketing, sachant qu'un magasin
nécessite une bonne centaine de m2. "
Pour autant, il n'y a aucune différence entre le profil
du consommateur parisien et celui d e son homologue " provincial
" : urbain et jeune (15-35 ans)sont deux caractéristiques
uniformément partagées, même s'il ne faut
pas exclure une clientèle familiale. Toutefois, comme
le consommateur à Paris a tendance à dépenser
un peu plus, la pizza pour deux vendue par Domino's à
Dijon, Reims ou Metz coûte cinq francs moins cher que celle
livrée dans la capitale (75 francs contre 80).
D'une manière générale, le panier moyen
tourne autour de 100 francs. En plus des quinze pizzas à
la carte, Domino's Pizza propose des accompagnements salés
(ailerons de poulet grillés), sucrés (glaces et
brownies) et des boissons. Mais l'activité de cette triple
offre supplémentaire pèse peu par rapport aux pizzas.
Mais davantage que l'argument prix (toutes les enseignes se marquent
à la culotte, notamment pour les promotions), Domino's
Pizza fonde d'abord sa stratégie de reconquête sur
la qualité du produit. La chaîne propose ainsi trois
variétés de pizzas, " traditionnelles ",
" pan " et " crousty fine ". Les premières,
préparées à base de pâte fraîche,
comptent pour 70% des ventes. " C'est bien simple, après
y avoir goûté, le consommateur l'adopte ",
s'exclame Ali Anzar, manager d'un magasin parisien. La "
pizza pan ", recette élaborée à partir
d'une pâte congelée et surtout plus épaisse,
est comparable à celle qui a forgé le succès
de Pizza Hut. Enfin, la Crousty Fine emprunte directement au
concept de tarte fine.
Cette qualité produit, Domino's Pizza l'a enrichi d'une
innovation de taille avec le Heat-Wave, un système qui
permet de maintenir les pizzas à bonne température
dans un sac chauffé par induction. " Nous sommes
les seuls à utiliser ce procédé qui atteste
d'une véritable valeur ajoutée, reprend Mélanie
Gigon, l'objectif permanent étant l'optimisation de la
fabrication et de la livraison pour une plus grande satisfaction
de la clientèle. "
Encore faut-il le faire savoir. Même si Domino's Pizza
communique régulièrement (affichage, radio et bientôt
cinéma), elle dispose de moyens sensiblement inférieurs
à ceux de Pizza Hut. D'où aussi une intense politique
de mailings pour arriver à fidéliser la clientèle.
" Notre magasin compte un fichier de plus de 20 000 clients,
détaille Ali Anzar, nous faisons en sorte de bien cerner
leurs goûts et leurs attentes, sachant que nous réalisons
l'essentiel de notre chiffre d'affaires les samedis, dimanches
et jours fériés. "
Depuis le mois de janvier dernier, la marque a également
mis en route un numéro de téléphone unique,
qui permet au consommateur de localiser le magasin le plus proche
et d'être mis directement en relation. Parallèlement,
la marque réfléchit au développement d'un
site Internet permettant de passer commande par le biais de ce
support.
Enfin, Domino's prend soin d'insister sur le respect du Code
de la route par ses livreurs. Autrement dit, pas question pour
les intéressés de battre des records de vitesse
: les livreurs ne sont pas pénalisés en cas de
retard, et, si c'est le cas, la " Garantie Livraison "
prévoit une remise de dix francs sur le prix de la commande.
Ce souci de la sécurité n'a rien d'anodin : trop
d'enseignes se sont fait remarquer par les imprudences de leurs
livreurs. Non pas que ceux-ci aient un tempérament casse-cou,
mais quand la commande part en retard, on leur demande plus ou
moins explicitement de mettre les gaz
Avec un chiffre d'affaires en hausse de 20% sur les six premiers
mois, Donimo's Pizza, dont l'activité s'est élevée
à 70 millions de francs en 1999, semble reparti sur de
bonnes bases.
Une histoire mouvementée
La trajectoire de Domino's Pizza
en France n'a pas été linéaire. Après
l'ouverture du premier magasin en 1989 (13 en 1993), la marque
accorde une " master franchise " à Franca Americana
pour accélérer son développement. Mais plusieurs
avatars successifs valent à Franca Americana de déposer
son bilan à l'été 98. De nombreux magasins
sont alors cédés à Télépizza,
le leader de la pizza livrée à domicile en Espagne.
Dans le but de rebondir, Domino's Pizza Internatnional crée
l'année dernière une filiale en France, ADCO, gérée
par la maison mère et bien décidée à
prendre le leadership d'un marché particulièrement
porteur. A l'échelle internationale, l'histoire de Domino's
Pizza est aussi une belle " sucess story ". En 1960,
Tom Monaghan, qui espérait seulement vendre des pizzas
pour financer ses études (moyennant un emprunt de 900
dollars pour acheter un magasin), a constitué un empire
de 6'400 points de vente à travers le monde.
Un marché en pleine
expansion
Tous types d'enseignes confondus,
on recense aujourd'hui dans l'Hexagone plus de 1 000 points de
vente de livraison à domicile. Soit une unité pour
60 000 habitants. A titre de comparaison, les Etats-Unis comptent
une implantation de livraison à domicile pour 22 000 habitants.
Même s'il s'est développé rapidement, ce
marché a vraiment démarré en France à
la fin des années 80. Coup sur coup, Zap ! Pizza, Spizza
30', La Boîte à Pizza, Domino's Pizza et Speed Rabbit
Pizza ont illustré le concept à Paris et dans toutes
les capitales régionales. Parallèlement, le créneau
de la restauration rapide n'a cessé de progresser, à
tel point que les sandwicheries à la française
dépassent désormais les fast-foods en nombre d'unités
(1 202 contre 1 010). Ces deux phénomènes - livraison
à domicile et restauration rapide - traduisent bien les
nouveaux comportements des consommateurs, soucieux de "
manger vite mais bien ". Ils dynamisent aussi un secteur,
la restauration commerciale, qui affiche aujourd'hui un chiffre
d'affaires total de 173,4 milliards de francs.
Le
Figaro, lundi 10 juillet 2000, Frédéric de Monicault
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